Villes explosives

Un lundi soir d’octobre, alors que les décombres du QG des Hells fument toujours à Sorel, un autre « bunker » chauffe encore plus, à quelques kilomètres dizaines de là. Véritable oasis en sol montréalais, Verdun accueille de plus en plus de musiciens sorelois. Après l’invasion de Fred Fortin et ses casques bleus ainsi que le putsch du Roi Poisson et sa chevalerie, la scène soreloise se ramène en ville pour mettre le feu aux planches à grands coups de camions-citernes! Bref, la notion de « scène locale » revue et expliquée par Renaud « Mom » Bastien.

Me recevant chez lui en pleine diffusion de l’Autre Gala de l’ADISQ, l’ex Malajube commente les résultats de l’événement tout en répondant à mes questions. Polyvalent, le mercenaire de la six cordes et multiinstrumentiste se tient occupé. « J’ai Cœur de pirate que j’accompagne sur scène, j’aide aussi On a crée un monstre à enregistrer une pré-prod ou encore un maxi qu’ils aimeraient présenter à différentes étiquettes. Je fais aussi la même chose avec Mahjor, qui était Mahjorbidet auparavant, mais qui change de nom pour repartir à neuf.» Trois projets que le principal intéressé lie justement de près ou de loin à la scène soreloise. « Dans Cœur de Pirate en ce moment, y’a moi et le bassiste Alex Gauthier de Sorel, la mère de Julie (Brunet, violoniste) est soreloise et le père d’Emmanuel (Côté, guitariste) est de Tracy, la ville voisine. Béatrice, de son côté, commence à apprécier les expressions typiques comme « ‘fant d’chienne » et « bout d’calice». Sorel, c’est des gens aussi polyvalents que polis, ‘sti.

« Y’a pas vraiment d’bands entièrement sorelois en fait, surtout des musiciens ici et là. » nuance Bastien en prenant pour exemple Hello Postier avec ses Pelland et Plante qui proviennent du coin. «  En fait, ce qui manque à la scène soreloise, lorsque comparée à celle de Sherbrooke par exemple, c’est cet esprit collaboratif. Je crois que c’est plus hermétique entre nos groupes, ça se parle moins. » ajoute-t-il avant de tenter de cerner le « son » définissant la patrie du Survenant.

« Selon moi, c’est vraiment plus « rock » que Sherbrooke qui à l’air plus « groovy » avec ses Misteur Valaire, Mad’moizèle Giraf et compagnie. Ce côté « garage » de Sorel, je crois que ça vient des usines. Au cours des années 80, y’avait beaucoup de bars « rock », donc des « bands de covers ». J’sais pas, je crois que le côté « employés d’usine jouant de la musique dans le sous-sol » y est pour beaucoup. C’est une activité familiale, tsé. Puis, au cours des années 90, leurs enfants découvrent le « grunge ». Prends Martin Pelland (ex Dears, membre de nombreux collectifs dont For Those About To Love, coréalisateur du Compte Complet de Malajube, etc.) par exemple, son père est un tripeux de rock et un collectionneur d’instruments. Je ne sais pas si c’est nécessairement régional, mais prends Lanaudière qui est plus agricole, il me semble que c’est aussi un berceau de musique plus folk, plus « trad » avec les Cowboys Fringants, etc. »

Mais pourquoi alors parle-t-on toujours de Plateau, de Mile-End, de la « scène indie rock montréalaise », de la Rive Sud, du R.O.Q. si plusieurs des esprits créatifs du 514 proviennent justement du 450 ou encore du 819 ? Peut-on passer à un autre appel ? Bastien se risque : «  J’ai l’impression que ces gens qui se ramènent ici sont à la recherche de quelque chose « d’autre » alors que souvent, en régions, on ne se pose pas trop de questions et on allume la radio. Prends Karkwa par exemple, les arrangements sont hyper complexes et y’a des atmosphères denses dans ces chansons là et ça fonctionne au max auprès des grands centres comme Québec, Montréal et Sherbrooke, mais à l’extérieur de ce triangle, je me demande si ça lève vraiment en province auprès de nos matantes pis nos cousines qu’on verraient plus écouter Kain à Rock Détente. » songe-t-il avant de dévoiler une « scène » encore plus sectaire.

« Y’a la « connexion » « Archambault – Berri » qui est plutôt intense au sein de la scène musicale montréalaise ! » s’exclame-t-il en faisant référence à la succursale de la fameuse chaîne de boutique qu’on retrouve au 500 Sainte-Catherine Est. « Y’a moi, Michael Bardier (Greg Cocaine, Roi Crayola), le chanteur de Numéro#, les gars d’Omnikrom, Émilie Proulx et j’en passe. C’est vraiment surprenant le nombre de personnes qui ont travaillé là et qui se retrouvent aujourd’hui à faire de la musique ! »

Puis j’ai essayé de faire dire à Renaud que tous les bleuets baisaient leurs cousines, mais il m’a plutôt jeté à la porte. Dommage !

Pour ceux qui aimeraient avoir un aperçu de ce que la « scène soreloise » peut offrir, rendez-vous au Syndrome (5777 Saint-Laurent, Montréal) le jeudi 20 novembre prochain pour un concert réunissant trois projets aux genres divergents qui n’ont en commun que mon coin d’pays : Sideways, Mahjor et On a crée un monstre. Pour plus de détails : myspace.com/thebandsideways, myspace.com/onacreeunmonstre et www.myspace.com/mahjor2008.

Dans la mire : Eve Duhamel

Pendant qu’on y est, je m’y connais foutrement mal en art visuel (ma garde-robe et la déco de mon bureau en témoigne), mais y’a au moins une Soreloise qui s’y assure dans ce domaine. Eve Duhamel (dont on n’a pût apprécier le talent cet été lors du happening célébrant le 20e anniversaire des Francos alors que certaines de ces œuvres ont été projetées) habite maintenant Berlin. Une expo – « Raking Leaves In The Wind » pour les intéressés – s’y déroule en ce moment et présente quelques-unes de ces réalisations. Pour ceux qui ne peuvent pas s’offrir le billet d’avion (gang de cheaps !), surfez plutôt vers le eveduhamel.com.

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