Tournée tordue

Warped Tour Fans_4112La légende veut qu’avant de mener les Sex Pistols (puis de vendre de la margarine!), Johnny Rotten a déjà été un gamin répondant au nom de John Lyndon, un gringalet qui – à l’âge de sept ans – allait chopé une méningite qui allait le faire tomber dans le coma à répétions, lui effacer la mémoire et lui tordre la colonne vertébrale. Idem pour Iggy Pop qui, avant de se taillader le torse avec des bouts de verre (et de vendre des assurances !), était connu en tant que James Newell Osterberg Junior, un étudiant de l’Université du Michigan. Moi, avant d’être le rédac’ en chef de ce site (pis réalisateur de docu sur les Pussycat Dolls !), je portais des colliers fait en grosse billes de bois, j’allais au Loft les mardis et au Warped Tour l’été. Quelques jours avant le passage de la 15e édition du fameux événement, Réjean « Laplanche » Claveau et Jessy Fusch d’Exterio nous aident à en faire un bilan.

Observateur et mégaphone de la scène punk locale et internationale depuis une dizaine d’années via son émission « 123 Punk », Réjean « Laplanche » Claveau déborde évidemment d’anecdotes en ce qui concerne le Warped Tour. « Pour moi, ça a souvent été le lieu de premières rencontres. C’est là que j’ai interviewé pour la première fois Fat Mike de NOFX. C’est aussi là que j’ai jasé avec les gars de Rancid pour la première fois. Bref, ça a souvent été le point de départ de relations intéressantes. » se remémore celui qui revient justement d’un périple en Californie pour assister au coup d’envoi du 15e coup de manivelle de la foire rock keupon (son séjour a d’ailleurs permis un tournage d’un dernier épisode d’ « 123 Punk » qui sera diffusé ce samedi 11 juillet sur les ondes de MusiquePlus).

Outre les bons souvenirs et les anecdotes (personnellement, j’y ai rencontré ma meilleure amie – en me moquant de sa collection de vinyles ! Smooth comme ça ! – en plus de me faire laminer une bouteille d’eau pleine à la gueule alors que mon pote Steve s’est fait égratigner la rétine avec un putain d’morceau de tourbe qui volait trop bas), qu’est-ce qui reste de la musique lorsque le Soleil se couche ? Est-ce que le Warped Tour peut servir de tremplin pour la scène punk locale ? « Pas vraiment en ce qui concerne » lance candidement Laplanche. « La plupart des groupes locaux que j’y ai vu ; je les avais déjà interviewés bien avant pour mon émission alors je n’y ai pas vraiment fait de découvertes… quoiqu’il me semble que le Warped Tour a beaucoup aidé Reset à leurs débuts. Anyway, y’a quand même des initiatives comme la scène « Kevin Says » qui permet aux groupes locaux de chaque arrêts de la tournée de faire un « show » devant la « crowd » du Warped Tour. » Même son de cloche chez Jessy Fusch d’Exterio. « C’est la 3e fois qu’on va le faire. La crowd a toujours super bien répondu.  On est le seul band franco du tour anyway.  Ça nous réconcilie avec les puristes souvent.  Ils se rendent compte qu’on torche autant que n’importe qui, même si on a des tounes dans les radios pis à la TV. »

Au fil des années, le Warped Tour a aussi réussi à s’infiltrer dans la culture populaire. Alors que Blink 182 chantait ses vertus dans « The Rock Show » (je me tenais au Loft les mardis, dois-je vraiment vous le rappeler ?!), de plus en plus d’artistes de la trempe de Propagandhi ont toutefois décrié la surconsommation sauvage de l’événement et l’ajout de groupes carrément aux antipodes musicaux de l’événement. Une situation malheureuse, mais que certains purs et durs digèrent tout de même. « Une fois, en entrevue, le fondateur du Warped Tour Kevin Lyman m’a dit que si la tournée s’appelait le « Kevin Tour », il n’y aurait que Bad Religion, NOFX et Flogging Molly qui y joueraient ! » se remémore Claveau. « Pour attirer du monde, j’imagine que la gang du Warped Tour tente de vendre un maximum de billets à un prix relativement bas et donc de plaire à un maximum de gens. Bien que je comprends l’attitude des puristes, y’a toujours un Lagwagon ou un Bad Religion sur la tournée qui va venir les chercher, tsé. »

« Ce qui est le plus surprenant, c’est que ça existe encore. » ajoute Fusch. « Oui c’est rendu commercial, oui c’est rendu « une mode », pis les punks, ça n’aime pas ça. C’est vraiment ironique. » poursuit-il. « Peut-être que c’est parce que les « kids » n’ont pas d’argent pis que tu peux y voir 50 bands pour 50$.  On se plaint à chaque fois de la poussière pis de la quantité incroyable de bands ordinaires qui goûtent la vieille recette, mais on y retourne aussi à chaque fois voir Bad Religion, Bring Me The Horizon pis Cobra Starship le même jour. » Puis, une bombe : « J’n’encule pas des mouches comme les puristes.  J’ai trop peur de devenir un gars de Fabreville qui s’ennuie devant sa femme pis ses enfants en disant « dans mon temps c’était ben mieux ». La nostalgie, c’est plate. »

Alors que le Warped Tour poursuit sa trajectoire, celle d’«123 Punk » se terminait plus tôt cette année. Des années après sa première apparition avec un « skate » de scotché au visage, Réjean Claveau demeure plutôt zen des mois après l’annonce. « Je ne peux tout simplement pas être en crisse. » tranche-t-il. « Y’a aucune autre station qui m’aurait payée pendant une dizaine d’années pour couvrir ça. Aucune autre. De plus, dix années plus tard, j’ai 34 ans et je comprends mieux « la game ». C’est sûr que c’est plate, c’est clair que ça m’a affecté, mais c’est aussi une affaire de « ratings ». Le « show » ne marchait plus comme avant, c’est tout. J’suis surtout content qu’on a eu le temps de boucler la boucle. » lance-t-il en faisant référence à un concert événement tenu en avril dernier pour souligner le 10e anniversaire de l’émission en compagnie de The Sainte Catherines, Grimskunk, Vulgaires Machins et plusieurs autres. Néanmoins, la petite communauté entourant Réjean redoutait cette coupure depuis quelque temps.

« Je m’y attendais. » renchérit Fusch. « C’est encore surprenant que MusiquePlus n’aille pas encore tirer la plogue.  Comme les coûts reliés à la production d’une émission doivent être justifiés dans un modèle de business, l’argent parle malheureusement avant la pertinence.  C’est évident que 123 punk c’était le meilleur show produit à M+.  Ca visait un public cible parfait et loyal, avec le meilleur VJ de la boîte depuis Claude Rajotte, mais les commanditaires ne peuvent pas vendre des chars a un public de 14 ans qui écoutent du Mariana Trench à 16h le jeudi et les gars de 26, 27 ans n’écoutent plus MusiquePlus non plus.  Y’a une impasse.  C’est vraiment dommage pour REJ, du coup, je trouve qu’il a tellement de talent, qu’il mérite d’avoir des nouveaux défis.  Il a prouvé depuis longtemps qu’il est très solide.  Personne d’autre n’aurait conduit le bateau d’ « 123 Punk » aussi longtemps à part lui. Il a tout le mérite. » dixit un autre personnage de la scène qui a les reins blindés.

Alors qu’ « 123 Punk » a célébré son 10e anniversaire de justesse et que le Warped Tour se lance dans un 15e tour de piste, Exterio fête sa 17e année d’existence en 2009 ! La question s’impose : comment font-ils alors que plusieurs de leurs contemporains ont changé de cap ou tout simplement lancé la serviette ? « On appelle ça de « l’exterstabilité » confie Jessy. « C’est stable dans la fondation, mais aussi instable dans l’enrobage.  Ca permet au projet d’évoluer et de ne pas trop rester pris dans le temps.  C’est comme dans une piscine froide, ça te gèle les couilles au début, mais avec du recul, quand un membre quitte le projet, ça fait du bien.  Le groupe serait peut-être non pertinent sans ces changements majeurs là.  Je pense aussi que y’a encore de la naïveté dans le projet, on a jamais eu d’attentes spécifiques de rendement.  Tu deviens tellement désillusionné avec le temps que si tu fais ça pour les statistiques, tu perds de vue les raisons pourquoi tu rockais les oreilles de ta mère en 1992 quand t’avais 12 ans ! » ajoute celui qui se permet aussi de s’amuser avec l’industrie avec L’Album monstre, un ambitieux album triple lancé sous différents volets (en concert, sur l’Internet et en spectacle).

Puis, pour tenter de synthétiser le tout alors que le cirque de Kevin Lyman se ramène en ville, qu’ « 123 Punk » est mort avant d’avoir vendu du beurre ou des assurances aux nostalgiques et qu’Exterio persiste et signe, la question-nébuleuse-mais-qui-se-veut-quand-même-tranchante : qu’advient-il de la scène ? « Je ne crois pas que la disparition du « show » va vraiment handicaper le punk rock au Québec » avoue candidement Claveau. « Le punk rock a joui d’une certaine popularité dans les médias de masse  depuis une dizaine année, mais ça semble s’essouffler. Ça stage aussi du côté des ventes de disques, mais comme la plupart de ces bands se sont fait connaître par le bouche à oreille et font de la tournée depuis, je ne m’inquiète pas pour eux. C’est une comparaison boiteuse, mais le punk c’est comme les coquerelles, ça va survivre à tout, même une attaque nucléaire ! En parlant de bombe, Fusch en lance une autre pour terminer. Alors que je lui pose la même question, le grand manitou de Slam Disques imagine un voyage dans le temps alors qu’il rencontre son homonyme de 2003 : « Dude, le « walkman » a 30 ans cet année.  « Baromêtre » et « 123 Punk » n’existe plus.  Le Spectrum, le Polliwog et le KickAss non plus.  Vincent Peake joue dans GrimSkunk.  Bloodshot Bill est plus populaire que Guy A Lepage, Anubis ferme, on lit le BangBang dans le Voir, Sélect/Archambault ne sont plus sur le CA de l’ADISQ, c’est Dare to Care qui run le show.  HMV vend le jeu Punch Out sur la Wii, j’me loue des films sur iTunes, pis y’a 70 000 personnes qui ont vu le clip de Kamakazi sur Youtube. Y’a plus de diversité musicale et d’accessibilité à cause du net, mais y’a plus de tounes plates et de projets insignifiants à cause du net… »

–         « … Est-ce qu’on fait de l’argent? »

–         « non »

–         « Overall… c’est le chaos? »

–         « ouaip »

–         « Nice! »

Y’a quelqu’un qui a accroché le bouton RESET quelque part. C’est une nouvelle « game », pis personne ne sait qui va gagner cette fois. Moi j’embarque en tout cas! »

Là j’aimerais terminer avec un truc « keupon » à la « See ya in the pit », mais je me fais vieux pis je me suis tordu la cheville la dernière fois (tiens, un autre souvenir de Warped Tour). Je vais donc vous dire « Joyeuses fugueuses ! ».

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