Prototypes – Mutants Médiatiques

(Universal)

Le dictionnaire terminologique français dit du mot « mutant » qu’il est le résultat d’une « modification d’un gène, d’un chromosome ou d’un génome par un agent physique ou chimique, entraînant l’apparition d’un ou plusieurs caractères nouveaux et génétiquement stables; peut être naturelle ou provoquée. » Cette année, le trio français Prototypes s’émancipe des critiques les comparant au groupe art rock new-yorkais The Yeah Yeah Yeahs et revient en janvier 2006 avec leur deuxième album Mutants médiatiques. Critique autoptique.

Prototypes est donc composé de trois énergumènes : la chanteuse Isabelle Le Doussal, le bassiste Stéphane Bodin ainsi que François Marché, son comparse guitariste du duo Bosco. La légende veut qu’Isabelle – performant alors dans un projet art punk nommé Bubble Star – aille rencontrée François et Stéphane dans un club où ceux-ci étaient aux platines. Sentant une certaine chimie entre eux, ils s’enfermèrent dans un studio en compagnie de Mitch Pires à la batterie. Une simple inscription sur un disque démo – prototype – mute pour devenir le fameux nom du trio. Après quelques mois de gestation, l’expérience est concluante. Savant mélange de mélodies électro rock rappelant Blondie ou encore les Rita Mitsoukos ainsi que de textes acerbes et urbains, leur premier album Tout le monde cherche quelque chose à faire parait lors de l’été 2004.

Surtout connus pour l’ironique tube Danse sur la merde qui joue à la radio (un groupe signé sur le géant Universal « dénonçant » l’uniformité des radios commerciales? Drôle de spécimen!), Prototypes surprend sur Mutants médiatiques en évitant la facilité, en esquivant de reprendre une recette pour s’aventurer vers des avenues – voire une évolution plus organique. Après une première autopsie du mutant, on constate qu’on ne danse bel et bien plus sur la merde, on ne sait tout simplement sur quel pied danser.

Avec sa pièce titre à la rythmique bluesy et ses guitares acoustiques vaguement honky tonk rappelant The B-52’s sur Sexy, on constante vraiment Mutants médiatiques l’apparition d’un ou plusieurs caractères nouveaux et génétiquement stables. Alors que Tout le monde cherche quelque chose à faire carburait surtout à l’electro rock, le trio s’approprie plus d’autonomie (c’est d’ailleurs le nom d’une pièce retrouvée) sur cette deuxième galette et expérimente beaucoup plus. Au grand dam toutefois de leur admirateurs appréciant plus leur côté accrocheur, pop et dansant, voire ceux qui n’aiment que danser sur la merde qui joue à la radio.

Néanmoins, cet ovni saura piquer la curiosité de plusieurs mélomanes. Que vous soyez amateurs de formations au son plutôt « eighties » à la Téléphone, d’artistes pop « kitsch » comme Lyo ou encore de formations punk à la Ramones, Devo ou encore de groupes electro locaux comme Echo Kitty ou Télémaque, tout le monde y trouve son compte. Agréablement surpris par la démarche artistique empruntée par ces trois énergumènes sur cette deuxième galette, Mutants médiatiques de Prototypes se mérite trois plectrums sur cinq.

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