Moins que zéro

Après le « hype» vient le deuxième album de la formation indie rock Bloc Party.

Bret Easton Ellis est un auteur californien et figure de proue de la Génération X littéraire. Privilégiant les intrigues vides de sentiments et les protagonistes avides de perversités, le natif de Sherman Oaks dans la vallée de San Fernando fit couler beaucoup d’encre pendant les années 80. Son premier roman, Less Than Zero publié en 1985, jetait les bases d’un personnage qui allait marquer l’imaginaire états-unien : Clay. Gosse de riche et accro aux filles, aux fêtes, aux garçons ainsi qu’aux drogues, l’antihéros refaisait par la suite surface dans un autre livre (The Rules Of Attraction), une adaptation cinématographie (où il était interprété par Andrew McCarthy) et même sur un disque par la chanson «Song For Clay » de Bloc Party qu’on retrouve sur leur tout dernier compact A Weekend In The City.

« Les étiquettes, c’est un peu comme les thématiques: c’est rassurant. » muse le bassiste Gordon Moakes à propos des divers sujets traversant la plus récente oeuvre de son groupe. « Certains médias ne s’attardent qu’à quelques textes et nous cataloguent de “groupe engagé” tandis que d’autres font tout un plat avec la multi-ethnicité du groupe. Nous, on préfère voir nos chansons comme un tout organique plutôt que de les considérer comme des compositions s’attaquant obligatoirement à ceci, puis à cela. » Avec les dernières déclarations de leur taciturne leader Kele Okereke (en plus de révéler son homosexualité au quotidien britannique The Guardian, le chanteur allait aussi critiquer l’anti-américanisme opportuniste de Green Day sur les ondes de MTV ainsi que les sujets faussement «prolos» des ritournelles des Arctic Monkeys), on serait pourtant porté à croire que le collectif politisé succomberait finalement au cliché des « rock stars» britanniques : se créer des rivalités pour attirer l’attention médiatique.

« Ces engueulades à la “Blur contre Oasis” sont plus risibles que sérieuses. » tranche Moakes sans toutefois commenter les récentes sorties publiques de son collègue. « Comme la plupart des groupes qu’on a croisés lors de festivals et de concerts s’avéraient plutôt sympas, je doute vraiment qu’il y ait tant de groupes — britanniques ou non — qui se détestent. Je crois que c’est plutôt un moyen de s’amuser avec la presse d’Angleterre qui s’emballe facilement. » Bien que le groupe soit imperméable aux attaques d’autres formations, il demeure tout de même sensible aux critiques.

« J’ai lu quelques réactions et, bien que je peux comprendre celles-ci, je trouve ça décevant. » déplore Gordon à propos de l’accueil mitigé que les blogueurs et journalistes ont réservé à la nouvelle offrande. « C’est un “catch 22”. On nous reproche de ne pas avoir fait un CD aussi percutant que Silent Alarm, mais si on n’avait sorti un truc dans le même genre, on nous aurait blâmés de manquer d’originalité. »

Mince consolation, Bret Easton Ellis s’est lui aussi fait accueillir tièdement lorsqu’il a publia les premières aventures de Clay avant de connaître un succès international. Est-ce que le Bloc Party arrivera à autant séduire le public avec A Weekend In The City qu’avec leur première galette? Les Montréalais auront la réponse en mars prochain. En attendant, “deal with it” comme dirait un autre personnage fétiche du scribouillard natif de la Californie.

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