Les Musiciens de métro – Musique « underground »

Contrairement à plusieurs métropoles d’Amérique du Nord (dont Toronto et New York), Montréal résiste encore et toujours à l’idée de forcer ses musiciens de métro à se munir de permis pour s’exécuter. Pour le moment, ils doivent seulement se joindre à l’Association des musiciens indépendants du métro (la MIME). Mais tout semble indiquer que tout cela va bientôt changer.

Les premiers programmes

En Ontario, ces artistes se produisent grâce au « Subway Musicians’ Program ». Dès 1980, ce projet de la Toronto Transit Commission (TTC) allait offrir aux musiciens de la ville la chance d’auditionner pour l’un des 74 permis annuels – coûtant 150$ – leur permettant de se produire en concert dans 25 stations allouées à cet effet. Ces auditions – durant sept minutes – sont limitées aux 150 premiers inscrits et servent à évaluer les candidats selon trois principaux critères. Des professionnels de l’industrie évaluent ces aspirants musiciens quant à leur présence sur scène, leur talent musical et au divertissement qu’ils vont procurer. La ville de New York, elle, n’emboîta le pas qu’en 1987 en échafaudant un programme semblable – le volet Music Under New York du Arts For Transits – permettant à une centaine de chansonniers de se produire dans 25 des 468 stations du réseau new-yorkais.

Les musiciens et leurs motivations

Plusieurs motivations poussent ces artistes à se produire sous Montréal. Des formations pop latines comme Kyrios, par exemple, voient le métro comme un moyen de se faire connaître du public montréalais pendant qu’ils peaufinent leurs compositions avant d’endisquer. Jouant les week-ends à la station Jean-Talon ainsi que dans les églises du quartier, les membres de l’orchestre mené par le guitariste Gabriel Dotti se sont rencontrés l’année dernière par le biais de leur diocèse. Espérant percer bientôt les marchés anglophone et francophone en traduisant leurs chansons, le groupe s’est même fait confectionner des gaminets affichant leur logo.

La réalité est tout autre pour Jean-Marc, rencontré à Berri-Uqam. Jouant de la flûte depuis une dizaine d’années, il a commencé ses concertos souterrains en 2000. Dessinateur à ses heures, il interprète autant des compositions que des reprises, mais constate que les ritournelles à la Greensleeves et My Heart Will Go On sont plus lucratives que ses propres airs. Même si Jean-Marc ne voit pas le métro comme un tremplin vers la gloire, il mentionnera tout de même que « c’est grâce à la flûte si j’ai pu me trouver un nouvel emploi; ça m’a permis de suivre un cours pour devenir briqueleur. »

De retour à Montréal

Une révolution germe sous la ville. En effet, suite à des plaintes d’utilisateurs du réseau devant le comportement de certains instrumentistes, la Société de Transport de Montréal a commencé à limiter les espaces pour ces concerts. Le problème est tel qu’il est arrivé que certains changeurs aillent jusqu’à refuser de travailler en considérant que la STM n’offrait pas de conditions propices à leur travail. Ainsi, une des solutions envisagées par une commission de travail formée d’employés de la STM et de représentants de la MIME serait d’appliquer le fameux système d’auditions à Montréal. Selon Serge Savard, conseiller en communications aux affaires publiques de la STM, cette résolution est à l’étude depuis des années tellement la situation est complexe.

D’un côté, on ne peut considérer la MIME comme une véritable association car n’importe qui peut en faire partie. Aussi, comme aucune entité ne régit l’activité, une kyrielle de complications subsiste. En plus des plaintes occasionnées par le bruit, l’architecture même de certaines stations forcerait la commission de travail à aller jusqu’à revoir le genre d’instruments qui peuvent y être joués. Serge Savard mentionnera notamment que l’acoustique de certains couloirs ferait en sorte que des personnes aveugles pourraient être désorientées par l’écho d’instruments amplifiés ou encore l’utilisation de cuivres. Le coût du fameux permis serait aussi à discuter. Pendant que le statut déficitaire de la STM pourrait gonfler la note, la MIME soutient toutefois que les plus talentueux de leurs musiciens ne seraient pas chaud à cette idée. En effet, comme plusieurs pratiquent aussi leur art dans la rue moyennant un permis d’environ 200$, l’idée de défrayer ces nouveaux coûts est loin de faire l’unanimité. Une autre alternative mentionnée par Savard serait de trouver un commanditaire intéressé à financer le processus (une idée empruntée au réseau londonien qui profite du mécénat de la bière Carling).

Savard garantit tout de même que la commission de travail se penchant sur le sujet mettra un point d’honneur à garantir autant une certaine « qualité » de chanteurs aux utilisateurs du métro, mais aussi à favoriser la variété de styles musicaux prisés par ceux-ci. Ainsi, le 21 septembre dernier, les deux parties se réunissaient pour discuter de tels projets envisagés. C’est donc un dossier à suivre.

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