Le Grand Escogriffe

Film tourné en 1976 et mettant en vedette Yves Montand, Le Grand escogriffe racontait les tribulations d’une petite crapule kidnappant le poupon d’un riche bourgeois. Vingt ans plus tard, c’est autour de l’Esco de vous enlever tout au long du mois de mars en présentant une série de concerts pour fêter son sixième anniversaire. Entretien – autour d’une « pinte » évidemment – avec Sunny Duval et Karine Isabel qui nous raconte la petite histoire de ce fameux bar.

Rencontré quelques minutes avant qu’il se glisse derrière la cabine de DJ pour animer la foule avant un concert de Comme un homme libre et des Psycho Riders, Duval en avait long à dire sur le bar. « Guitar hero » pour les Breastfeeders, journaliste, pêcheur d’Achigan et cowboy à temps partiel, Sunny est aussi un des premiers clients de l’établissement. « L’Escogriffe, c’est avant tout trois gars [Louis-Philippe Bélanger, Christian Martineau et Benjamin Léonard] qui se sont connus dans le coin de Tadoussac lors d’étés « d’hippyisme » » raconte Duval entre deux lampées. « Ils ont décidé de se partir un bar ensemble au même moment que le local actuel se libérait. » Karine Isabel – chanteuse de Comme un homme libre, bookeuse pour les productions Débrochez-Vous! et barmaid de l’illustre caveau au look mi-tiki, mi-seventies – poursuit : « Entouré d’une fidèle clientèle d’amis fêtards et de musiciens, le Petit Escogriffe est devenue l’Escogriffe. Grâce à l’acharnement de Louis-Phillipe au booking, l’Esco s’est tout d’abord imposé comme un endroit phare pour la scène jazz underground. »

Sunny Duval

Malgré la réputation de cette gargote, L’Esco a aussi connu son lot d’embûches et de difficultés au fil des années. En plus d’ennuis avec leur permis d’alcool forçant l’annulation d’une série de concerts en octobre 2004, le bar ne roulerait pas toujours sur l’or. « C’est plus facile pour l’Esco lors de l’été parce qu’on a accès aux terrasses et y’a évidemment plus d’achalandage.» confie Sunny. Karine confirme : « Le bar a effectivement failli fermer suite à une descente policière il y a presque deux ans. Lors d’un hommage a Johnny Cash, on était « over » capacité et on a pogné une amende que le bar n’a pas pu payer sur le champ vu que c’était trop cher. On a perdu le permis d’alcool pour quelques jours et le permis de spectacles pour quelques mois. C’était catastrophique car les revenus ne rentraient plus et il fallait payer la note. Lorsque la ville nous a redonné le permis de spectacle, les gars se sont mis a appeler les journalistes et à demander à nos amis musiciens de faire quelques concerts bénéfices. Grâce a eux, L’Esco existe encore.» Sunny poursuit : « Mais j’te dirais que depuis qu’ils ont coupé dans les soirées jazz et que Karine s’occupe du booking et des spectacles, ça va mieux aussi! » Épaulée par sa comparse des productions Débrochez-Vous! Sarah Bourgeois, Isabel allait privilégier des styles musicaux aux antipodes du jazz. « C’est là qu’un nouveau vent tout aussi underground s’est mis à souffler sur le bar : celui du rock, du punk et du country. » clame Karine avant d’enchaîner que: « les soirées thématiques avec DJs se sont vite formées et sont devenues très courues. L’Esco est maintenant un endroit incontournable pour la scène rock montréalaise. »

Outre les Breastfeeders, l’Escogriffe a aussi servi d’incubateur pour plusieurs groupes locaux allant des Yesterday’s Ring au Mile-End Jazz Quartet en passant par les Moquettes Coquettes. « Comme un homme libre est pas mal né à l’Esco, y’a aussi les Psycho Riders, les Vautours, les Fumants, voire les Prostiputes qui se sont fait connaître ici. » se rappelle Duval avant d’ajouter que « L’Esco s’est approprié une bonne place au sein de la scène locale au fil des années. Avant la venue de l’Esco, il n’y avait pas mal que le Quai des Brumes, l’Hémisphère Gauche ou encore le Barouf qui pouvaient présenter autant de concerts de petits groupes francophones. Y’a plein de monde aussi qui ont profité de la scène de l’Escogriffe pour rôder leurs shows : les musiciens de Yann Perreau ou de Steve Dumas par exemple. » Karine abonde dans le même sens : « C’est un endroit clé, vraiment. C’est parfait pour se péter la gueule solide avec de bons concerts et de la vraie bonne musique. On a aussi les meilleures soirées en ville! » Les mardis, les « hipsters » et les journalistes branchés peuvent donc faire le plein de nouveautés du terroir avec les soirées « scène locale » orchestrée par les DJs Polychrome (aussi animateurs sur les ondes de CISM). Le lendemain, c’est autour du DJ Chinois (membre de Comme Un Homme Libre) de faire danser les amateurs de rock n’ roll sixties et garage lors des soirées « Terreurs et minijupes ». Les jeudis et vendredis, eux, sont plus « punk rock » avec DJ Ben Ruben derrière les platines lors des soirées « Apocalipstick » et les DJs Alin (du Nombre) Poss et Sport (Sainte Catherines) qui prennent le relais lors des vendredis « Mottés raides! » Les samedis, c’est autour de membres des Mods, de CPC Gang Bang et des Breastfeeders de chauffer les habitués avec des tubes sixties tandis que les DJs Malbouffe (de Yesterday’s Ring), JP (d’Inepsy) et Notanotherwolf (de Whiskey Trench) aident les pieds tendres à noyer leur peine au son de la musique country lors des dimanches « Cowboys ». « ça en fait du stock, hein! » rigole Karine.

Saturday Night DJ team

En plus des premiers accords de la relève locale, le bar de la rue Saint-Denis a aussi été témoin de concerts mémorables des Chiens, d’Ariane Moffat, de Malajube, Priestess, etc. « Les Wampas avaient une ou deux journées de « lousses » lorsqu’ils sont venus jouer ici aux Francofolies. On s’est donc organisé un petit show surprise : les Breastfeeders avec les Wampas » enchaîne le guitariste. « Ce n’était pas vraiment annoncé, mais tout le monde s’est quand même ramassé « dans un pain » devant la scène. Un des moments forts de cette soirée demeure le duo de Karine et de Didier Wampas sur une de leur toune. »

Interrogé sur ce qu’ils apprécient le plus de l’endroit, Sunny n’hésite pas : « Ce que j’aime surtout de l’Escogriffe, c’est que je sais que je peux y venir n’importe quand et que j’y connaîtrai quelqu’un. » Karine poursuit « Une amie de Louis-Philippe m’y a amenée une fin d’semaine que je la visitais à Montréal (j’habitais a Québec dans l’temps). Aussitôt entré, j’ai craqué. Il y avait Joe (des Breastfeeders et de Comme un homme libre) au bar qui m’a charmé avec son rire et m’a gâté de shooters. J’y suis resté avec une petite gang jusqu’à ce que je me souvienne plus d’l’heure. J’ai déménagée quelques mois plus tard et jamais je ne l’ai quitté depuis! C’est un mystère, mais tout l’monde qui y passe tombe sous le charme. Je crois que l’Esco a vraiment une âme particulière. Un mélange de clients exceptionnels, de bonne musique, de bons shows, du staff merveilleux et… de beaucoup de shooters! » En ce qui concerne leurs beuveries les plus mémorables (ou non), Duval ne peut s’empêcher de sourire : « Y’en a tellement eues! Je dirais toutes les fois qu’on a joué ici. Y’a aussi eu le show que j’ai donné avec mon groupe de country qui s’est fait arrêter par la police, mais surtout la soirée de l’anniversaire de Joe. Il y a reçu un gâteau de femme nue vue de perspective. Ce fut un grand moment! » se remémore-t-il en terminant son verre. « J’y ai viré les meilleures brosses de ma vie, j’y ai fait mon premier concert, j’y ai trouvé l’amour de ma vie, et aussi ma meilleure amie. » lance Karine. « Mais le meilleur souvenir « show » sera sans doute celui des Wampas ou encore, celui des légendaires The Vibrators. L’Esco était rempli de punks et des meilleures tounes du monde! »

Il ne reste plus que quelques jours aux festivités entourant le sixième anniversaire de l’Escogriffe. Vous pourrez y voir Jesus & The Headliners en compagnie de Whiskey Trench le 31 puis les Mods suivi des Macchabées le premier avril. Plus tard, vous pourrez assister à des concerts des Offs Coups de cœur francophones, du festival Pop Montréal et le retour sur scène de Galaxie 500.

En ce qui concerne Sunny Duval, lisez-le dans le Nightlife et le Bang Bang, procurez-vous son nouvel album solo Achigan, ne le manquez pas en concert au Petit Campus en compagnie de – tiens, tiens – Comme un homme libre le 10 avril prochain. Préparez-vous aussi au nouvel album des Breastfeeders ainsi qu’à son projet de bouquin qui devraient paraître bientôt. Du coté de Karine, surveillez les événements de Débrochez-Vous! Et le premier album de Comme un homme libre qui devrait sortir en automne. Sur ce, cul sec!

Pour plus de détails, quelques liens…

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