La ligue de la justice du CD!

La racaille court dans la cité. Plutôt que d’arborer la cape ou des complets fluorescents, ces crapules chaussent des « Chuck Taylor» et portent des gaminets Sonic Youth (« vintage », bien sûr). Plutôt que de signer leurs méfaits de cartes à jouer, ils blessent l’artiste et l’orphelin à coups de critiques nébuleuses et de billets les surexposant. Pire encore, ils laissent carrément leur nom – voire même leur courriel — sur la scène du crime. Après Two-Face et le Joker, les journalistes et blogueurs musicaux pourraient bien être les prochaines victimes à recevoir un batarang en pleine gueule.
Le magazine masculin Maxim publiait en mars dernier une critique fielleuse du nouveau compact des Black Crowes (qui, en passant, n’est pas si mal dans son genre… et ça me fait aussi mal de vous l’taper que ça vous le fait de le lire). En plus d’être un exercice facile (tout le monde aime casser du hippie!), le texte s’est aussi avéré être de mauvaise foi alors qu’une seule pièce du fameux compact était disponible au moment de mettre sous presse. Un petit scandale plus tard (on apprendra aussi que le rappeur Nas a eu droit au même traitement pour son CD Nigger), plusieurs blogues récupèrent l’histoire, dénoncent le manque de rigueur et vont parfois même jusqu’à condamner la presse écrite au profit du Web 2.0. Au moment où qu’on coupe à blanc dans l’imprimé (les déboires de Quebecor World en témoignent), est-ce que les lecteurs de journaux sont finalement prêts à considérer les blogues musicaux comme des sources fiables?

« Pas encore » croît Matthew Caws, chanteur de Nada Surf et ex-journaliste pour Guitar World (il a notamment interviewé Mick Jones, respectz yo!). « Malgré leur influence grandissante, les blogues demeurent souvent ancrés dans le texte d’opinion. S’ils vont aller dans l’information, ça sera souvent en se basant sur des articles de journaux ou des communiqués de presse. Peu de blogueurs ont encore le réflexe d’enquêter, de questionner. C’est comme une discussion dans un salon entre copains, vous savez. » Et que pense-t-il du marasme entourant les Corbeaux? « Bof, c’est dommage pour eux et Maxim, mais personne ne prend vraiment ces derniers au sérieux, de toute façon. » poursuit-il en faisant référence au mensuel se spécialisant surtout dans le domaine des starlettes en sous-vêtements. « Je comprendrais leur colère si c’était arrivé dans un truc respectable à la Mojo, mais là… Maxim… come on! »

Plus près de chez nous, bien qu’un brasse-camarade du genre ne se soit pas encore produit (après tout, « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » va bientôt remplacer « Je me souviens »), comment pourrait-on éviter ce genre de fâcheuse situation? Facile! Avec la création de la Ligue de la Justice du CD!

Inspiré par l’AQCC (Association québécoise des critiques de cinéma), la LDLJDCD (Ok, l’acronyme n’est pas génial, mais attendez de voir le logo, y’ aura sûrement un aigle qui tient un serpent pis un cd dans son bec, y’ aura du feu en arrière en plus de Slash qui se pétera un solo en d’sous) se voudra un rassemblement des critiques musicaux jugés « compétents ». Y’ aura un test de connaissances et des épreuves physiques (je ne peux pas trop en parler, mais je vous donne trois indices : « sac de toile », « bâton de bambou » et « nouveau venu se glissant dans le sac »). Chaque scribouillard se qualifiant au sein de la Ligue remportera deux pelletées de respect ainsi qu’un écusson à coudre sur son sac à bandoulière.

Mais encore là, est-ce qu’une organisation avec un emblème aussi sensass aurait une certaine importance auprès de la scène locale? Pas vraiment selon un (e) ancien (ne) membre de l’AQCC. « Y a même pas la moitié des critiques québécois qui en est membre. » confie-t-il (ou elle) sous le couvert de l’anonymat (appelons-le – ou la – Julie pour le fun). « À ma connaissance, il n’y a pas de membres qui travaillent à La Presse, au Voir, au Ici ou encore au Journal de Montréal et il n’y a presque pas de journalistes anglophones. » poursuit Julie. « Ça fait un peu “club privé”, mais l’idée d’une association de critiques est valable, faudrait seulement revoir le modèle pour.»

Va pour qu’on revoie le fonctionnement de la chose, mais j’insiste afin qu’on conserve le logo ainsi que le nom!

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