Georges Leningrad, Les – Entre Antonin, Georges et Sigmund

« Sans un élément de cruauté à la base de tout spectacle, le théâtre n’est pas possible. » soutenait Antonin Artaud dans son ouvrage Le théâtre et son double. Sigmund Freud, lui, soutenait qu’« on ne devient pas pervers, on le demeure ». Les Georges Leningrad, eux, allaient abonder dans le même sens en rétorquant : « Supa Doopa! » Deux ans après être partie Sur les traces de Black Eskimo, l’iconoclaste formation montréalaise post punk persiste et signe avec leur nouvel album Sangue Puro qui sera lancé sur l’étiquette Dare To Care le 12 septembre prochain. Entretien moutarde chou avec la chanteuse Poney P.

Shawinigan, via Bruxelles, puis Montréal…
Rencontrée sur la terrasse de la Casa Del Popolo, Poney est radieuse. « On revient d’un show à Shawinigan et c’était hallucinant! » s’exclame-t-elle en s’attablant. « Jusqu’à date, c’est ma performance préférée de 2006! » Prestation donnée dans le cadre de la dixième édition du Festival de théâtre de rue de Shawinigan qui se tenait en juillet dernier, l’événement allait autant captiver la foule que les musiciens eux-mêmes. «On ne savait vraiment pas à quoi s’attendre de ce festival. » poursuit la principale intéressée. « Déjà moi, je redoutais des trucs médiévaux comme des jongleurs, des maquilleurs pis des cracheurs de feu, mais ce n’était heureusement pas le cas! Y’avait du monde de tous les âges dans le public et ils étaient vraiment réceptifs. On pouvait aussi se permettre de faire une prestation en dehors du cadre plus expéditif d’un show rock. On s’est permis de faire des paysages, on cassait des planches de bois sur nos jambes, des improvisations et on a enseigné la batterie à Steven, un petit de garçon de 10 ans! C’était un peu bizarre pour nous. Bien qu’on a tourné un peu partout dans le monde, on n’a presque jamais joué en région. »

Sangue Puro en trois chaudières de sang…
Compact déjà qualifié d’«album de rock n’ roll tel que joué par les membres d’une tribu mohawk ésotérique carburant au new wave, au blues et au punk » par le réputé audioblogue britannique 20 Jazz Funk Greats, Sangue Puro (« pur sang » en italien) marque non seulement une nouvelle démarche artistique, mais aussi administratrice chez les Georges en faisant paraître le CD sur l’étiquette Dare To Care (fief de Yesterday’s Ring, Pawa Up First et compagnie) plutôt que chez la maison de disques Alien8 Recordings qui a lancé leurs deux albums précédents. Les détails sur ce déménagement demeurent d’ailleurs nébuleux. « Y’a pas vraiment de choses à dire sur ça, sinon que c’était une « question technique ». Ça ne va pas plus loin. » tranche la chanteuse. « Notre cœur demeure avec Alien8, mais on a maintenant un nouveau label. Y’a rien de sorcier ou d’histoires en arrière de tout ça! » assure-t-elle.

C’est ainsi que naquit Sangue Puro, une plaquette aussi sombre que profonde. « On a même enregistrer des extraits dans des grottes avec des chauves-souris dans le coin des Laurentides » glissera d’ailleurs Poney P. à propos de l’enregistrement du disque qui se veut « le plus soigné et le plus peaufiné » de la discographie du combo. Alors que certaines critiques Eric Parazelli ont qualifié les paroles de la formation de « langage inventé, proche de celui d’enfants qui s’amusent à parler anglais de manière phonétique », les amateurs et détracteurs du groupe seront surpris par la tournure textuelle du nouvel opus. Amalgame dionysiaque où mortalité, érotisme, mammifères, voire religion et même cannibalisme (notamment sur « Eli, Eli, lama azabthani » qui veut dire « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné? ») s’entrechoquent et s’entremêlent. Des thématiques hétérogènes qui devraient sûrement plaire aux cinéphiles selon la vocaliste : « Les animaux, le sexe, la mort, c’est comme un film de Woody Allen! »

Métaphores, transfusions, citations et comparaisons…
En plus de susciter le septième art, Sangue Puro témoigne aussi de la maturité que le terrible trio a acquérir au cours des années. « Après plus de 500 concerts ensemble, on s’est transformé en groupe en béton. » mentionne Poney entre deux gorgées de pinte. « On est maintenant un triangle solide et impénétrable. On est le triangle des Bermudes, on est les Pyramides d’Égypte! » Après les métaphores géographiques, l’énergique chanteuse se lancera dans des comparaisons musicales : « Si tu me demandais à quel groupe on s’associe le plus, je dirais que c’est les Sainte Catherines : des matamores aux bras tatoués et pleins de bleus qui n’ont pas peur des tempêtes! Moi j’te dis, si un piano me tombait sur la tête en plein concert, je me relèverais en riant. On a tout vu, on a vraiment tout vu! »

Les médias, eux, ont poussé l’exercice de style un peu plus loin en comparant les œuvres de Bobo, Mingo et compagnie aux théories sur le théâtre de l’écrivain Antonin Artaud en plus des travaux du fameux psychanalyste Sigmund Freud. Des rapprochements justifiés selon Poney P. : « Je crois qu’on peut effectivement lier façon de travailler à tout ça. Y’a énormément de place à l’aléatoire et à l’inconscient chez les Georges Leningrad. C’est un exercice de style libre. Pour nous la musique c’est un moment de récréation et d’auto-dérision. Je dirais presque qu’on a un côté vaudou, incantatoire, voire religieux. » Des dires qu’on pourrait aisément lier à la pièce Van Gogh, le suicidé de la société d’Artaud où l’auteur soutient entre autres que « Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’Enfer. »

Outre les ramifications intellectuelles du groupe, il ne faudrait surtout pas confondre « maturité » et « assagissement ». « « Le jour où les Georges ne seront plus dangereux, on va s’arrêter et passer à autre chose. » clame Poney avant d’ajouter : « parce que le danger, c’est ça qui est intéressant au sein de notre groupe : le fait qu’à chaque show des Georges, on sait jamais ce qui peut arriver! »

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