Entre Romulus et Rémus


Fondateurs mythiques de Rome, la légende veut que Romulus et Rémus auraient été extirpés des eaux du Tibre puis allaités par une louve. Bien que leurs mamelons n’aillent vraisemblablement gavé personne, les musiciens composant la meute indie rock Wolf Parade continue tout de même de nourrir l’imaginaire depuis ses débuts sur scène en 2003. Trois années après la parution de leur premier CD Apologies To The Queen Mary, le chanteur et guitariste Dan Boeckner et ses compères sortent de leur tanière et redescendent de leur montagne (le Mont-Royal? le Gran Paradiso?) avec At Mount Zoomer, leur plus récent opus. Entrevue lupine.

« Y’ a une rumeur qui veut qu’on a pris une pause entre les deux albums, mais ce n’est vraiment pas le cas! En fait, on a toujours continué d’écrire et de composer. » lance d’emblée Boeckner quand on l’interroge sur le processus entourant la création de sa nouvelle oeuvre. Lorsqu’on lui demande quel était le mantra chanté au sommet du Mount Zoomer, l’ex Atlas Sound se fait plutôt candide. « On voulait surtout “repartir à neuf” et on s’est dit que la meilleure façon serait de faire le disque de façon “honnête” : en faisant ce qu’on envie de faire plutôt que d’essayer de répondre aux attentes des gens, de faire la suite logique d’Apologiesou encore d’aller dans le sens contraire juste pour surprendre les gens ou un truc du genre. » Une démarche franche, mais aussi de plus en plus ouverte. « e processus a été plutôt “cool”. Comme la plupart des chansons sur Apologies étaient écrites par moi ou Spencer avant d’être amenées à Arlen et Hadji pour les peaufiner, mais comme on a joué si longtemps ensemble avant d’entreprendre cet album-là, on dirait que les chansons sont venues d’elle-mêmes, à force de “jammer”. Ouais, la démarche était plus inclusive, c’était plus collaboratif comme travail en plus d’être rafraichissant. C’est sympa de finalement composer avec des personnes avec lesquelles t’as joué sur scène pendant des années! » Ces répétitions allaient d’ailleurs susciter l’intérêt de la presse états-unienne lorsqu’on révéla que les loups se terraient dans l’église d’Arcade Fire.

« En fait, les premières séances se sont déroulées dans notre propre studio. » rectifie Dan. « C’est seulement après avoir déterminé les morceaux qu’on préférait et qu’on voulait pousser à fond avant de “booker” du temps à l’église. Ils étaient à l’extérieur du pays en tournée et nous l’avait offert alors on en a profité. C’était plus pour des raisons pratiques que d’autre chose: on voulait être “près de la maison” sans être tenté d’y retourner. Sans distractions, on s’est fait une douzaine de journées là-bas, à se lever vers 11h, à répéter puis enregistrer jusqu’à 5h du mat’. De longues heures, mais c’était pas mal amusant, en fait. » Formations se nourrissant du même sein depuis des années (la légende veut que Wolf Parade s’est formé autour du désir de Spencer Krug d’accompagner Win Butler et compagnie en tournée alors que sa ménagerie faisait la promotion du maxi Us Kids Now), cette « colocation » entre les deux projets fait drôlement écho au battage médiatique entourant la « Montreal indie music scene » qui a fait les choux gras de magazines musicaux de nos voisins d’en bas. Une tempête dans un verre d’eau qui laisse toujours un arrière-goût amer chez Boeckner. « Les étiquettes à la « Mile-End rock  » qui me pue toujours au nez. C’est pas très cool de la part des journalistes américains qui se sont ramenés ici pendant cette « explosion » Arcade Fire, Wolf Parade, etc., mais on totalement laissé de coté l’aspect francophone de la chose avec les Malajube et compagnie qui étaient déjà plutôt « big » dans la scène d’alors. De nos jours, t’as des groupes comme Radio Radio qui peuvent autant plaire aux francophones qu’aux anglophones, qui jouent pas qu’à Montréal, partout en province en fait, mais y’a pas de blogues ou de reporters des États-Unis qui s’y intéressent. C’est dommage, je trouve. »

Autre sujet qui capte l’attention, les moult projets découlant de la cuisse de Wolf Parade (Krug s’époumone aussi au sein de Sunset Rubdown tandis qu’Hadji Bakara troque son synthétiseur pour des platines avec Megasoid par exemple). Lorsqu’on lui demande si son violon d’Ingres nourrit ou ralentit son fameux quintette, Dan n’hésite pas. « Je ne peux pas parler pour les autres, mais en ce qui me concerne, ce que je fais dans Handsome Furs se retrouve d’une certaine façon dans que je fais avec Wolf Parade. Je ne veux pas dire que c’est la même chose, mais comme Handsome Furs n’est que moi et ma femme Alexei, je dois vraiment assurer à la guitare! » confie-t-il en rigolant. « Comme je joue de moins en moins en « power chord », je crois que ça se reflète aussi dans les nouvelles chansons de Wolf Parade. De toute façon, je ne crois pas qu’on ferait plus de spectacles ou d’enregistrements en tant que Wolf Parade même sans nos « side projects ». En fait, on ne veut pas se brûler sur la route ou encore écoeurer le monde avec des concerts à répétitions. Ces projets servent donc d’exutoires, de laboratoires, tiens. »

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