Beaucoup de bruit pour rien?

De passe-temps « rock » à sujet de documentaire ou encore d’études universitaires et scientifiques, la « air guitar » n’est plus que du vent.

Un mémoire de maîtrise qui « rock »

« À l’université, 95 % des gens me disaient “Ah oui? Vraiment?” puis riaient un peu! » raconte Hélène Laurin à propos de son sujet de mémoire de maîtrise plutôt inusité. Après des études en communication qui ont amené la jeune chercheuse à tout d’abord s’intéresser au vidéoclip, Hélène allait avoir une véritable révélation lors d’un périple en voiture. « On était en route vers Québec et “Final Countdown” d’Europe jouait à la radio. » poursuit l’étudiante. « Je me suis tout simplement mise à faire un solo d’“air guitar”. J’étais dans le siège passager, je tiens à le préciser.” Au fil de son furetage, Laurin s’est aussi s’initiée au monde des associations et compétitions d’“air guitare”. “Au Canada, on a tenté de mettre sur pied une association lors de l’été 2005, mais ça n’a pas fonctionné par manque de commanditaires.” En dépit du manque d’intérêt des rockeurs montréalais et pancanadiens, Hélène souligne néanmoins l’initiative d’une bande d’irréductibles de Québec — dont le réalisateur Carnior… et Laurin elle-même lors de la prochaine édition — qui organisent des concours du genre depuis quelques années (www.airguitarquebec.com pour avoir plus d’informations). Autre constatation de l’experte en la matière : l’activité ne se limite toutefois pas qu’aux fans.

De la concurrence artistique et scientifique pour les « air guitaristes»

De l’autre côté de la salle de spectacle, certains artistes se laissent eux aussi prendre au jeu. Selon les recherches de Laurin, on associerait la première prestation d’“air guitare” devant grand public à Joe Cocker lors de Woodstock 69. La plus célèbre revient toutefois à Tom Cruise pour une scène mémorable du film Risky Business. Les musiciens du groupe Journey, eux, allaient même mimer – avec misère – leurs instruments respectifs pour leur clip “Separate Ways”. Plus près de chez nous, le fameux numéro de percussionniste de Michel Courtemanche vient évidemment en tête. Il y a aussi la troupe de théâtre Never Surrender (www.neversurrender.net pour plus de détails) qui a autant présenté ses performances endiablées d’« air band » sur les planches des festivals Fringe et Just For Laugh en plus d’avoir déjà animé par le passé la mi-temps d’un gala de lutte (un autre « art» célébrant le faux) organisé par Jacques Rougeau. Mieux encore, la communauté scientifique mondiale vient elle aussi se joindre aux solos virtuels des amateurs de rock.

Ainsi, des ingénieurs ès guitaristes en herbe de l’Université d’Helsinki développaient tout récemment un système qui – à l’aide de gants reliés à une caméra infrarouge – arrivait à synthétiser des sons de guitare déterminés par la distance entre les mains du musicien sur son instrument imaginaire ainsi que par les cordes « air pincées » par celui-ci. Des scientifiques de l’Australian Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation ont par la suite innové en produisant des vêtements alliant des composants textiles à des éléments électroniques capables d’interagir avec des ordinateurs. La première création tirée de cet alliage? Un véritable thérémine à manches : un chandail d’« air guitar ».

Des chansons pour déplacer de l’air

Véritable « Super Bowl » du genre, l’« Annual Air Guitar World Champion Contest » est une compétition tenue pendant le festival de musique d’Oulu en Finlande. Chaque année, des dizaines de virtuoses du vent s’y rencontrent afin de se disputer titres et prix (Brian May de Queen confient des guitares « Flying Finn » aux vainqueurs de ce concours). Voici une sélection de pièces susceptible de soulever foule et jury lors de ce genre de happenings :

« Final Countdown » d’Europe: évidemment!

« Shining Light » de la formation pop rock irlandaise Ash. Coup de coeur d’Hélène Laurin. « C’est une chanson très positive, très énergique, qui me rentre dedans. Je l’adore. »

« Rocking In The Free World » : hymne du concours de Finlande utilisé pour départager tous les concurrents)

« Reign Of Fire » de Slayer : chanson utilisée par le californien Fatima Hoang pour remporter l’édition 2005 de l’« US Air Guitar Championship »)

« I Bet You Look Good On The Dancefloor » d’Arctic Monkeys : tube utilisé par le britannique Gabriele Matzeu Gabi pour se qualifier, puis remporter, le « Air Guitar UK Championships »

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