De la dope dans tes oreilles

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1997, Geneviève Jeanson file à toute allure. La sueur perle sur son front. Elle n’entend plus la friction des pneumatiques sur le bitume, ni le cliquetis mitraillé de la chaîne du vélo. Les muscles sont endoloris, les doigts se crispent sur les guidons, le but demeure le même : le Championnat du monde junior (qui lui vaudra d’ailleurs une troisième place quelques mois plus tard). Pendant ce temps, une bande de geeks de Californie assemble un engin qui serait démonisé des années par la suite. On ne parle pas de SkyNet, mais d’Antares Technology. Ils ne se spécialisent pas dans la vente d’androïdes Terminator, mais de processeurs Auto-Tune qui permet de « corriger » certaines « imperfections » lors de l’enregistrement d’une chanson. Discussion mi-rock, mi philosophique sur le « dopage musical » avec Yann Godbout d’Half Baked (centuryoffoam.com pour plus de détails).

Bien qu’omniprésent sur les ondes FM de nos jours (Kanye West en abuse notamment sur « Love Lockdown » alors que T-Pain en est littéralement accro), il faut sûrement remonter jusqu’au fameux « Believe » de Cher pour constater les premiers méfaits d’Auto-Tune (l’esti d’effet d’robot, c’est l’Auto-Tune crinqué à onze). Lorsqu’utilisé avec minutie, Auto-Tune permet toutefois surtout de corriger la hauteur tonale (le « pitch », tsé) de la voix et des instruments. Est-ce « tricher »? « C’est quoi dénaturer une toune? » se questionne Yann Godbout avant d’enchaîner avec une autre colle « C’est quoi la nature d’une toune? » Bonnes questions, en effet.

« Pour moi ce qui est important c’est de donner à la toune ce que la toune a besoin pour être bonne. » poursuit-il. « Utiliser Auto-Tune de façon intelligente dans un style qui ne s’y prête pas peut être un “feature ” intéressant dans une chanson. » « Harder, Better, Faster, Stronger » de Daft Punk vient notamment en tête avec sa surdose d’Auto-Tune amplifiant un texte prônant déjà le dépassement. Godbout enchaîne : « Je prône bien sûr ici l’utilisation créative de la technologie. Je trouve un peu déplorable la simple utilisation de l’Auto-Tune pour répondre aux standards de l’industrie. Pas seulement l’over-utilisation a la mode en ce moment, mais bien la standardisation de la voix. » ajoute celui qui a d’ailleurs eu recours au procédé pour Half Baked Sings The Century Of Foam For Your Pleasure, la plus récente offrande de son projet musical pour ensuite aborder l’aspect philosophique de la chose. « Selon moi, puisque chaque être humain est unique comme un flocon de neige, une voix humaine normale est “off key” par définition. Vouloir la purifier peut tuer l’âme d’une performance. » D’un point de vue mercantile toutefois, plusieurs chanteurs country utiliseraient le bidule lors de leurs concerts afin de garantir au public « qu’il en a pour son argent » selon un article du Boston Herald publié en février 2007. Évidemment, cet « as dans la manche » n’a pas que des fans.

À la dernière édition de la cérémonie des Grammy, les membres de Death Cab For Cutie font parler d’eux en se pointant au gala avec des rubans bleus sur leurs smokings pour se montrer contre l’utilisation du fameux processeur (parce que le sida et le cancer ne sont plus des causes indie émergentes, bien sûr). Quelques mois plus tard, Jay-Z téléverse « Death To Autotune », un brûlot dénonçant lui aussi le machin. Godbout leur réplique : « Les gros artistes ne divulguent pas toute l’information et créent ainsi des standards éthiques qui sont faux. Jay-Z, qu’il n’en mette pas sur sa voix ok, mais je suis sur qu’il y en a ailleurs. Pour Death Cab, je comprends qu’une vraie bonne performance sera toujours plus belle que n’importe quoi de trafiqué. Je comprends qu’une voix entrainée sera toujours plus jolie qu’une voix traitée. Probablement que Death Cab n’utilise pas du tout l’Auto-Tune, même pas sur le drum. Même pas sur une petite fioriture de guitare. Mais ils ont des budgets de fous, des techniciens qui ajustent leurs instruments, des micros vintage des années “50, etc. Facile de dire que tu es contre, si tu n’en a tout simplement pas besoin.” Vlan!

Et Godbout de conclure : “Même si la mode à la Akon et T-Pain s’estompe, l’Auto-Tune sera toujours présent! J’en profite d’ailleurs pour mentionner un des grands problèmes de l’industrie musicale québécoise : on n’a pas de spécialiste d’Auto-Tune. Une bonne utilisation d’Auto-Tune ne se remarque pas. Il se colle a la voix qu’il traite. Au Québec, on l’entend partout sur les ondes FM : de Dany Bédard à Clément Jacques. Qu’on entende l’Auto-Tune quand on n’est pas sensé, ça c’est un drame. Qu’on l’utilise pour ce qu’il a à nous offrir, ça c’est le progrès!”

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Musique 2.0 : Y’a pas que d’la porno sur l’Internet!?

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Décidément, c’est plus qu’un cliché : les musiciens se brûlent vraiment les neurones à force de prôner le rock et autres versets du satanisme. La nouvelle lubie de différents acteurs de notre scène locale? Distribuer leurs albums gratuitement sur le web! Bien que le phénomène est loin d’être émergent (pensons aux mixtapes d’antan!), il est de moins en moins réservé aux parias de la zizique en marge comme les DJs à la Poirier (le gars « pimp » ses mix aux blogues de la planète depuis belle lurette), les « keupons » à la Derf (qui a tout simplement « dumpé » sa discographie sur son site !) et autres sniffeux de colle en puissance. De nos jours, les gros joueurs internationaux à la Radiohead (bien sûr!) se prêtent autant au jeu que les enfants chéris de l’indie pop de la province comme Mathias Mental qui offre présentement son plus récent compact en téléchargement. Tentative d’analyse d’une nouvelle mode et d’une économie nouveau genre, avec Marc-André Laporte de donnetamusique.com et l’artiste Mathias « Mental » Pageau.

À l’image du sujet, je fixe rendez-vous à Marc-André sur la Toile plutôt qu’au café du coint. Bien qu’on s’évite la fastidieuse étape de la transcription du verbatim, les bris de communications font en sorte qu’on a l’impression que ce n’est pas un quartier de Montréal qui nous sépare, mais un océan. En dépit du décalage, Laporte brosse rapidement son portrait avant de se lancer dans le vif de la problématique. « Au premier degré, c’est un mélange au niveau de mes champs d’intérêt de mélomane, accroc au web diplômé en communications et en marketing. » pianote-t-il sur Facebook lorsqu’on lui demande d’où vient son intérêt sur la musique distribuée sur le Web 2.0. « Le déclic s’est fait lorsque des amis musiciens indépendants m’ont dit qu’ils n’arrivaient pas a se débarrasser des 1000 CDs de leur groupe qui trainait dans le salon de l’appartement. Leur excuse étant la crise du disque. » Marasme que Marc-André connaît très bien, lui qui joue d’ailleurs sur les deux flancs. « Je travaille principalement avec des artistes indépendants qui cherchent à fabriquer entre 1000 et 5000 disques en moyenne. » rétorque-t-il quand on aborde Megga Media, sa boîte de fabrication de compacts.  « Ça ne m’a donc pas encore vraiment touché. Mais bon, quand tu sais que le bateau du disque est en train de couler, tu t’arranges pour réagir avant que l’eau t’arrive à la bouche. »

« C’est sûr qu’imprimer et distribuer un album physique, ça coûte beaucoup de sous. » Ajoute Mathias « Mental » Pageau qui vient tout juste de lancer Songs About Ugly Girls, un deuxième album acoustique disponible gratuitement (ou contre un  maigre don) sur son site web. « Quand t’n’as pas d’argent, t’es mieux de loader ta carte de crédit pour quelque chose qui en vaut vraiment la peine, comme du gear et un bon mastering. Ça, c’est le côté positif de ce mode de distribution. En ce qui concerne les contres, je n’en vois pas vraiment… à part, ah oui, le contre très évident que tu ne feras pas une cenne avec ta musique. Mais une fois que tu es passé par dessus ça, c’est assez libérateur, vu que personne ne peut se débarrasser de toi. Je pense qu’il y a ben du monde qui trouvait que Mathias Mental, c’était « drôle » les six premiers mois et qui badtripent aujourd’hui parce qu’on a l’air partit pour s’incruster. Avec les outils d’aujourd’hui, je peux travailler le jour au salaire minimum et quand même avoir les moyens d’enregistrer et de sortir un album par année. In your face! »

L’œuvre, le produit, le t-shirt d’Omnikrom…

« L’album devient tranquillement un outil de promotion plus qu’une source de revenue. » rapporte Laporte après quelques déconnexions lorsqu’on lui demande ce qui ressort de ses lectures. « Si on prend l’exemple de Misteur Valaire ici, les derniers chiffres montrent 30 000 téléchargements de l’album. Ça leur permet de tourner et de faire des shows avec des salles remplies. Je ne sais pas si on aurait entendu parler du groupe autant si l’album s’était retrouvé au HMV à 18.99 $ dès le départ. Ça te donne un nom, ensuite une “fan base”, ensuite tu peux vendre du dérivé. » L’album, l’œuvre artistique ultime pour ces vampires de subventions, se veut maintenant qu’une simple carte de visite? Vraiment!?

« Oui et non! Les shows, les chandails, la “merch”! En as-tu croisé des jeunes avec des chandails d’Omnikrom depuis 2 ans!? C’est fou! Je parie qu’ils ont fait plus d’argent avec ça qu’avec les albums en magasin. » ajoute-t-il avant d’élaborer : « Y » a tellement de bands qui sortent à gauche et à droite en ce moment qu’on ne sait plus ou donner de l’oreille. On a des iPods de 16 gigs déjà chargés à pleine capacité. On a déjà de la musique pour des mois, voire des années, avant de se mouiller avec celle de ceux-ci! Quand je croise un gars sur Sainte-Catherine qui veut me vendre son “mixtape ” et que je ne sais pas c’est qui, je risque de dire non, alors que s’il me le donne. Je risque de le mettre dans la pile “à écouter dans un futur à venir” ».

« On n’arrête pas de parler de « l’industrie » du disque, mais on oublie que des chansons, c’est un moyen d’expression avant tout, pas une industrie. » ajoute Mathias. « J’n’ai pas l’impression de saturer mon marché » poursuit-il lors de ce long e-mail fleuve. « Je veux juste donner quelque chose à se mettre sous la dent aux fans, leur donner un autre morceau du casse-tête. Aussi, je suis un maniaque de l’écriture, alors je liquide les vieilles chansons pour me laisser la chance d’en écrire quelques nouvelles. »  Quelques paragraphes plus loin, le « Happiest Boy In Montreal » (si on en croit le titre de son premier CD qui s’est retrouvé dans le top 10 des albums de l’année à CISM l’année dernière… et qui grimpe toujours dans les palmarès universitaires de l’ouest du pays) se confie : « j’aimerais pouvoir te dire que c’est une technique de marketing bien étudiée, mais en fait, j’ai décidé de mettre le disque en ligne gratuitement, sur un coup de tête, parce que j’aimais vraiment les chansons. J’ai fait cet album-là pendant ma ô combien longue et douloureuse rupture avec mon ex, et ça a vraiment été pour moi un cri du cœur, amer, mais en même temps plein d’espoir. Je voulais partager cet espoir avec le plus de monde possible. Et j’n’avais pas envie de me sentir comme un vendeur d’aspirateurs à chaque fois que je disais à quelqu’un de s’en procurer une copie, j’n’essaie pas de leur vendre quelque chose avec cet album-là, je veux juste partager une expérience pénible pour qu’on puisse en rire tous ensemble. » Est-ce que Mathias Mental viendrait de pondre son Here, My Dear ? Espérons que Pageau ne connaîtra pas le même sort que Gaye.

Nouveau web, nouveaux clients, nouveaux défis, nouveau Batman

« On n’est plus “game” d’acheter des albums inconnus sans même avoir un échantillon. » poursuit Laporte lorsqu’on lui demande d’élaborer sur la commercialisation de ces disques virtuels. « Avec MySpace et compagnie, on peut entendre l’album au complet, l’écouter en entier sans pour autant le posséder. Une stratégie qui convient plutôt bien à Pageau. “Les gens sont un peu désarmés quand je leur dis que c’est gratuit!” s’exclame-t-il quand on le questionne ce que ce mode de distribution lui rapporte. “Ils sont habitués de se trouver une bonne excuse pour passer à côté, mais comme c’est gratuit, ils n’ont pas le choix d’écouter. Et il y a beaucoup de gens qui me reviennent en me disant qu’ils ont été surpris d’aimer ça, et ça c’est bien plus le fun que d’avoir de l’argent dans son compte PayPal. Aussi, je sais que j’ai l’air d’exploiter la petite vague hip « web 2.0 » avec ce disque là, mais j’étais sûr qu’au contraire, le disque « passerait dans le beurre » vu qu’il n’existait pas « physiquement ». Jusqu’à date, les gens ont l’air intéressés, et j’ai l’air d’avoir une petite vitrine dans les médias alternatifs, ce qui ne fait pas de tort. Mais bon, pour répondre à ta question, je n’fais pas une cenne et c’est ben correct de même!”

« C’est un peu ça le nouveau défi avec la musique. » enchaîne Marc-André. « Un livre tu peux le feuilleter, mais tu l’achètes généralement sans l’avoir lu. Même chose pour le cinéma. T’as vu quelques bandes-annonces du film, mais tu paies quand même le plein prix pour le voir en salle. Le disque, lui, on peut désormais l’entendre au complet avant de l’acheter. C’est ça le nouveau défi. Avant, la musique était abreuvée aux consommateurs : tu te levais le mardi matin et tu allais chez Sam the Record Man pour acheter le nouveau Madonna à la date choisie par son label. Maintenant, le consommateur à davantage de choix. Autant en musique qu’ailleurs. Tsé, si le jeune Mathieu veut écouter le dernier Batman ce soir à 22 h et que son club vidéo est fermé, il ne va pas attendre au lendemain, il va se débrouiller pour le télécharger. » Woah ! Est-ce qu’on aborde finalement le piratage?

« Les internautes téléchargent illégalement sur le net… deal with it ! » rétorque sèchement Marc-André. « Si The Pirate Bay ferme aujourd’hui, y’aura un Viking Boat ou un truc du genre qui va ouvrir le lendemain matin pour offrir la même chose. C’est le moment pour les labels d’en prendre conscience. C’est le moment pour les artistes d’être créatif et proactif.” C’est inspirant tout ça, mais comment?!

Celui qui prépare justement un bouquin – électronique, bien évidemment – sur le sujet n’hésite pas. « Il faut en premier lieu s’assurer d’être présent partout où les consommateurs se retrouvent. Alors ta job c’est d’être présent partout pour te trouver sur le chemin de l’ado qui va avoir le gout de passer par là quand bon lui semblera. Si j’écoute un truc sur ton MySpace et que j’adore, je vais vouloir en écouter plus dès maintenant. Alors si tu me vends ton album sur ton site et que ça me prend 2 minutes avant de pouvoir finalement me le procurer, je vais être content, même si je peux le regretter plus tard. Tu comprends? Si je me dis ‘Bon, je vais aller le chercher au HMV demain’, je risque de refroidir et de ne jamais le faire. Le plus important c’est d’être partout, d’avoir un blogue, d’utiliser les réseaux sociaux et qu’on puisse acheter ton album partout. Y’a plein de ressources sur le Web pour te permettre de distribuer ton album sur les principales plates-formes on ne sait jamais su quoi les Japonais vont triper dans 2 mois. Aweille sur iTunes Japan ! Oui, la crise fait mal aux labels, mais elle ouvre aussi plusieurs portes aux musiciens indépendants qui savent comment utiliser une souris et un clavier! » Des instruments que Pageau manie admirablement d’ailleurs.

« On n’arrête pas de dire que les outils sont là pour que n’importe qui puisse lancer un album. Du monde qui a quelque chose à dire, bien sûr. So here I am. Éventuellement, quelqu’un va peut-être avoir le guts d’investir du temps et/ou de l’argent sur moi, mais d’ici là, les chansons continuent à s’écrire et je leur dois bien la chance de se faire entendre. Si ça veut dire de les offrir gratuitement, ça ne me dérange pas, je suis prêt à tout de toute façon. »

Moi aussi je me débrouille avec un clavier et une souris (surtout à une main!), mais tant qu’à s’éloigner du sujet, autant clore la chronique.

Liens mentionnés :

donnetamusique.com

mathiasmental.com

derf00.com

ghislainpoirier.com

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Maken Kozapo – La passe du samurai

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Jeune quatuor indie pop qui a fait un premier « bip » au sein du paysage musical québécois l’année dernière à l’aide de leur premier compact Le Zèbre, Maken Kozapo (qui tire son nom d’un genre musical japonais qui aurait existé que quelques années pendant le 12e siècle pour ensuite disparaitre… le ska de son époque ?!) se la joue ronin en organisant un concert bénéfice pour financer son deuxième album. Tendre la main ? Tendre le sabre, plutôt !

On retrouve de nouvelles pièces sur votre MySpace, deux pièces de vingt nouvelles compositions. Après l’expérience Le Zèbre, comment composez-vous?

Charles P. Giguère (basse): Après avoir touché à toutes les étapes de la production de l’album, on a une vue plus large, on envisage autant nos pièces sur disque que sur scène. En parlant de l’enregistrement, c’est aussi une expérience qu’on aimerait répéter. Bien qu’on se cherche une maison de disques [NDLR : Le Zèbre est auto-produit], on désire garder le contrôle, être présent de A à Z !

Patrick F. Sirois (guitare) : On a aussi beaucoup appris et gagné en maturité : on a autant écouté les critiques positives que négatives, c’est pourquoi on peaufine davantage les textes, mais ça n’influence pas nécessairement nos nouvelles compositions. C’est loin d’être catégoriser et on ne veut pas se glisser dans un style. On se cherche toujours !

Par le passé, vous avez participé à Cégeps en spectacle et même à Emergenza qui ne profite pas de la même vague de sympathie que d’autres concours du genre comme les Francouvertes par exemple, c’est quoi les avantages et désavantages de ce genre d’événement au juste?

Charles : L’avantage avec Emergenza, c’est que ça nous a permis de nous faire entendre dans de grosses salles comme le Medley ou le Club Soda dès l’âge de 16 ans !

Patrick : L’aspect monétaire de la chose serait le plus gros désavantage par contre. Avec le coût des billets et le vote populaire, ce n’est pas nécessairement le « meilleur » groupe qui l’emporte…

Charles : Celui qui vend le plus de billets à sa famille et ses amis, celui qui ramène le plus d’argent, finalement. Le vote s’y fait à main levée !

Patrick : Alors que le fait que des concours utilisant un jury d’experts comme les Francouvertes ont souvent une meilleur réputation auprès de la scène locale.

Le concert de ce week-end est aussi une activité de financement pour votre deuxième album, la situation est critique?

Patrick : Bah ! Être dans le rouge n’est pas inhabituel pour un artiste. À ce moment-ci de notre carrière, c’est plus important de se faire connaître et de continuer de gagner du public.

Charles : Ouais. On espère pas vraiment financer entièrement l’album avec ce concert. Ce qu’on veut surtout, c’est remplir la salle, repartir « kif, kif ».

Patrick : De toute façon, la situation est loin d’être critique. Notre principale dépense, c’est le loyer du local de pratique ! On habite toujours chez nos parents !

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Psycho Riders : Chevauchée infernale

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De retour après une épopée plutôt trouble déclinée sur Le Gouffre aux chimères, les Psycho Riders remontent en selle avec Les Derniers jours, une troisième offrande mercurielle.

Il faut croire que c’est dans l’air. Après un questionnaire et une chronique sur un artiste offrant son album en téléchargement sur le Web, on termine la semaine avec une entrevue avec un groupe qui distribue son nouvel opus sur la Toile… avant même de le fourguer aux disquaires. Est-ce que les Psycho Riders se tireraient dans le pied ? « C’est exactement ça ! » s’exclame le chanteur et guitariste Max Villeneuve. « Ça fait partie de notre philosophie, en fait. On ne croît plus aux ventes de disques, on fait notre argent en shows. Pas encore sûr qu’on va retenter l’expérience pour les prochains. Jusqu’à date, on considère ça comme un réinvestissement. » Donc, une tactique pour attaquer la diligence qui pourrait s’avérer astucieuse : alors qu’il est maintenant possible de télécharger l’œuvre entière (contre un don… ou contre rien pantoute), les mélomanes et autres fanas de concerts n’ont plus aucune excuse… surtout que Les Derniers jours pourrait bien être l’ultime disque livré par ces desperados à ce jour.

« On s’était donné que quelques lignes directrices » raconte Villeneuve lorsqu’on lui demande de commenter la confection de la galette. « On voulait que ça soit un peu plus contemporain, plus « pro » et plus dansant, j’dirais ». D’où l’embauche de Jess Gagnon, technicien de son qui a autant collaboré avec We Are Wolves que Duchess Says et qui coréalise du compact. « On a tout fait sur Le Gouffre. » élabore-t-il. « On est de bons « bisouneux » en studio, mais on voulait aussi quelqu’un qui aurait un regard extérieur sur nos tounes. On a écrit l’album en quatre mois, ce qui est relativement court, puis on en venait à se demander si telle toune était bonne, etc. Y’a eu pas mal de consensus en studio : y’avait des idées qu’on avait n’il ne trouvait pas bonnes, y’avait des trucs sur lesquels il insistait, mais on a finalement tous tripé. » Citation surprenante lorsqu’on considère les textes « poing en l’air » de Villeneuve qui pourrait bien avoir pondu le premier CD politisé de son projet.

« Ça ne feelait pas à l’époque du Gouffre », confie-t-il candidement lorsqu’interrogé sur sa nouvelle plume. « J’étais donc plus centré sur moi-même, sur mes problèmes. Là, ça va mieux, donc je constate ce qui m’entoure : des PDGs crosseurs qui crissent l’économie mondiale à terre, le réchauffement de la planète pis à quel point tout le monde s’en calisse, tsé, des affaires qui me pompent ! »

Alors que le groupe échafaude une nouvelle tournée (en plus de son lancement, il participera à un hommage aux Kinks en compagnie de Xavier Cafeine et d’autres rockeurs du genre), on ne pouvait s’empêcher de demander une histoire de tournée pour terminer l’entretien. « On était à Dolbeau, j’crois. Notre guitariste Pascal a glissé sur une plaque de glace après le show pis s’est blessé au pied. Y’était deux heures du matin pis on était pas mal sur le party. Vers 4h, on est à l’hôtel. Il commence à capoter pis il veut aller à l’hôpital. Comme on était toujours sur la go, on a paqueté nos bières dans nos sacs à dos pis on a continué là-bàs ! » Rock ta carte soleil, man !

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Tournée tordue

Warped Tour Fans_4112La légende veut qu’avant de mener les Sex Pistols (puis de vendre de la margarine!), Johnny Rotten a déjà été un gamin répondant au nom de John Lyndon, un gringalet qui – à l’âge de sept ans – allait chopé une méningite qui allait le faire tomber dans le coma à répétions, lui effacer la mémoire et lui tordre la colonne vertébrale. Idem pour Iggy Pop qui, avant de se taillader le torse avec des bouts de verre (et de vendre des assurances !), était connu en tant que James Newell Osterberg Junior, un étudiant de l’Université du Michigan. Moi, avant d’être le rédac’ en chef de ce site (pis réalisateur de docu sur les Pussycat Dolls !), je portais des colliers fait en grosse billes de bois, j’allais au Loft les mardis et au Warped Tour l’été. Quelques jours avant le passage de la 15e édition du fameux événement, Réjean « Laplanche » Claveau et Jessy Fusch d’Exterio nous aident à en faire un bilan.

Observateur et mégaphone de la scène punk locale et internationale depuis une dizaine d’années via son émission « 123 Punk », Réjean « Laplanche » Claveau déborde évidemment d’anecdotes en ce qui concerne le Warped Tour. « Pour moi, ça a souvent été le lieu de premières rencontres. C’est là que j’ai interviewé pour la première fois Fat Mike de NOFX. C’est aussi là que j’ai jasé avec les gars de Rancid pour la première fois. Bref, ça a souvent été le point de départ de relations intéressantes. » se remémore celui qui revient justement d’un périple en Californie pour assister au coup d’envoi du 15e coup de manivelle de la foire rock keupon (son séjour a d’ailleurs permis un tournage d’un dernier épisode d’ « 123 Punk » qui sera diffusé ce samedi 11 juillet sur les ondes de MusiquePlus).

Outre les bons souvenirs et les anecdotes (personnellement, j’y ai rencontré ma meilleure amie – en me moquant de sa collection de vinyles ! Smooth comme ça ! – en plus de me faire laminer une bouteille d’eau pleine à la gueule alors que mon pote Steve s’est fait égratigner la rétine avec un putain d’morceau de tourbe qui volait trop bas), qu’est-ce qui reste de la musique lorsque le Soleil se couche ? Est-ce que le Warped Tour peut servir de tremplin pour la scène punk locale ? « Pas vraiment en ce qui concerne » lance candidement Laplanche. « La plupart des groupes locaux que j’y ai vu ; je les avais déjà interviewés bien avant pour mon émission alors je n’y ai pas vraiment fait de découvertes… quoiqu’il me semble que le Warped Tour a beaucoup aidé Reset à leurs débuts. Anyway, y’a quand même des initiatives comme la scène « Kevin Says » qui permet aux groupes locaux de chaque arrêts de la tournée de faire un « show » devant la « crowd » du Warped Tour. » Même son de cloche chez Jessy Fusch d’Exterio. « C’est la 3e fois qu’on va le faire. La crowd a toujours super bien répondu.  On est le seul band franco du tour anyway.  Ça nous réconcilie avec les puristes souvent.  Ils se rendent compte qu’on torche autant que n’importe qui, même si on a des tounes dans les radios pis à la TV. »

Au fil des années, le Warped Tour a aussi réussi à s’infiltrer dans la culture populaire. Alors que Blink 182 chantait ses vertus dans « The Rock Show » (je me tenais au Loft les mardis, dois-je vraiment vous le rappeler ?!), de plus en plus d’artistes de la trempe de Propagandhi ont toutefois décrié la surconsommation sauvage de l’événement et l’ajout de groupes carrément aux antipodes musicaux de l’événement. Une situation malheureuse, mais que certains purs et durs digèrent tout de même. « Une fois, en entrevue, le fondateur du Warped Tour Kevin Lyman m’a dit que si la tournée s’appelait le « Kevin Tour », il n’y aurait que Bad Religion, NOFX et Flogging Molly qui y joueraient ! » se remémore Claveau. « Pour attirer du monde, j’imagine que la gang du Warped Tour tente de vendre un maximum de billets à un prix relativement bas et donc de plaire à un maximum de gens. Bien que je comprends l’attitude des puristes, y’a toujours un Lagwagon ou un Bad Religion sur la tournée qui va venir les chercher, tsé. »

« Ce qui est le plus surprenant, c’est que ça existe encore. » ajoute Fusch. « Oui c’est rendu commercial, oui c’est rendu « une mode », pis les punks, ça n’aime pas ça. C’est vraiment ironique. » poursuit-il. « Peut-être que c’est parce que les « kids » n’ont pas d’argent pis que tu peux y voir 50 bands pour 50$.  On se plaint à chaque fois de la poussière pis de la quantité incroyable de bands ordinaires qui goûtent la vieille recette, mais on y retourne aussi à chaque fois voir Bad Religion, Bring Me The Horizon pis Cobra Starship le même jour. » Puis, une bombe : « J’n’encule pas des mouches comme les puristes.  J’ai trop peur de devenir un gars de Fabreville qui s’ennuie devant sa femme pis ses enfants en disant « dans mon temps c’était ben mieux ». La nostalgie, c’est plate. »

Alors que le Warped Tour poursuit sa trajectoire, celle d’«123 Punk » se terminait plus tôt cette année. Des années après sa première apparition avec un « skate » de scotché au visage, Réjean Claveau demeure plutôt zen des mois après l’annonce. « Je ne peux tout simplement pas être en crisse. » tranche-t-il. « Y’a aucune autre station qui m’aurait payée pendant une dizaine d’années pour couvrir ça. Aucune autre. De plus, dix années plus tard, j’ai 34 ans et je comprends mieux « la game ». C’est sûr que c’est plate, c’est clair que ça m’a affecté, mais c’est aussi une affaire de « ratings ». Le « show » ne marchait plus comme avant, c’est tout. J’suis surtout content qu’on a eu le temps de boucler la boucle. » lance-t-il en faisant référence à un concert événement tenu en avril dernier pour souligner le 10e anniversaire de l’émission en compagnie de The Sainte Catherines, Grimskunk, Vulgaires Machins et plusieurs autres. Néanmoins, la petite communauté entourant Réjean redoutait cette coupure depuis quelque temps.

« Je m’y attendais. » renchérit Fusch. « C’est encore surprenant que MusiquePlus n’aille pas encore tirer la plogue.  Comme les coûts reliés à la production d’une émission doivent être justifiés dans un modèle de business, l’argent parle malheureusement avant la pertinence.  C’est évident que 123 punk c’était le meilleur show produit à M+.  Ca visait un public cible parfait et loyal, avec le meilleur VJ de la boîte depuis Claude Rajotte, mais les commanditaires ne peuvent pas vendre des chars a un public de 14 ans qui écoutent du Mariana Trench à 16h le jeudi et les gars de 26, 27 ans n’écoutent plus MusiquePlus non plus.  Y’a une impasse.  C’est vraiment dommage pour REJ, du coup, je trouve qu’il a tellement de talent, qu’il mérite d’avoir des nouveaux défis.  Il a prouvé depuis longtemps qu’il est très solide.  Personne d’autre n’aurait conduit le bateau d’ « 123 Punk » aussi longtemps à part lui. Il a tout le mérite. » dixit un autre personnage de la scène qui a les reins blindés.

Alors qu’ « 123 Punk » a célébré son 10e anniversaire de justesse et que le Warped Tour se lance dans un 15e tour de piste, Exterio fête sa 17e année d’existence en 2009 ! La question s’impose : comment font-ils alors que plusieurs de leurs contemporains ont changé de cap ou tout simplement lancé la serviette ? « On appelle ça de « l’exterstabilité » confie Jessy. « C’est stable dans la fondation, mais aussi instable dans l’enrobage.  Ca permet au projet d’évoluer et de ne pas trop rester pris dans le temps.  C’est comme dans une piscine froide, ça te gèle les couilles au début, mais avec du recul, quand un membre quitte le projet, ça fait du bien.  Le groupe serait peut-être non pertinent sans ces changements majeurs là.  Je pense aussi que y’a encore de la naïveté dans le projet, on a jamais eu d’attentes spécifiques de rendement.  Tu deviens tellement désillusionné avec le temps que si tu fais ça pour les statistiques, tu perds de vue les raisons pourquoi tu rockais les oreilles de ta mère en 1992 quand t’avais 12 ans ! » ajoute celui qui se permet aussi de s’amuser avec l’industrie avec L’Album monstre, un ambitieux album triple lancé sous différents volets (en concert, sur l’Internet et en spectacle).

Puis, pour tenter de synthétiser le tout alors que le cirque de Kevin Lyman se ramène en ville, qu’ « 123 Punk » est mort avant d’avoir vendu du beurre ou des assurances aux nostalgiques et qu’Exterio persiste et signe, la question-nébuleuse-mais-qui-se-veut-quand-même-tranchante : qu’advient-il de la scène ? « Je ne crois pas que la disparition du « show » va vraiment handicaper le punk rock au Québec » avoue candidement Claveau. « Le punk rock a joui d’une certaine popularité dans les médias de masse  depuis une dizaine année, mais ça semble s’essouffler. Ça stage aussi du côté des ventes de disques, mais comme la plupart de ces bands se sont fait connaître par le bouche à oreille et font de la tournée depuis, je ne m’inquiète pas pour eux. C’est une comparaison boiteuse, mais le punk c’est comme les coquerelles, ça va survivre à tout, même une attaque nucléaire ! En parlant de bombe, Fusch en lance une autre pour terminer. Alors que je lui pose la même question, le grand manitou de Slam Disques imagine un voyage dans le temps alors qu’il rencontre son homonyme de 2003 : « Dude, le « walkman » a 30 ans cet année.  « Baromêtre » et « 123 Punk » n’existe plus.  Le Spectrum, le Polliwog et le KickAss non plus.  Vincent Peake joue dans GrimSkunk.  Bloodshot Bill est plus populaire que Guy A Lepage, Anubis ferme, on lit le BangBang dans le Voir, Sélect/Archambault ne sont plus sur le CA de l’ADISQ, c’est Dare to Care qui run le show.  HMV vend le jeu Punch Out sur la Wii, j’me loue des films sur iTunes, pis y’a 70 000 personnes qui ont vu le clip de Kamakazi sur Youtube. Y’a plus de diversité musicale et d’accessibilité à cause du net, mais y’a plus de tounes plates et de projets insignifiants à cause du net… »

-         « … Est-ce qu’on fait de l’argent? »

-         « non »

-         « Overall… c’est le chaos? »

-         « ouaip »

-         « Nice! »

Y’a quelqu’un qui a accroché le bouton RESET quelque part. C’est une nouvelle « game », pis personne ne sait qui va gagner cette fois. Moi j’embarque en tout cas! »

Là j’aimerais terminer avec un truc « keupon » à la « See ya in the pit », mais je me fais vieux pis je me suis tordu la cheville la dernière fois (tiens, un autre souvenir de Warped Tour). Je vais donc vous dire « Joyeuses fugueuses ! ».

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One-night catastrophe

TippexOneNightStand.previewLa prémisse était simple : «matcher» au lit deux inconnus pour un one-night stand. On avait un bon plan pour s’assurer une baise (un indice : de l’alcool) et les résultats promettaient d’être juteux. On s’est plutôt retrouvé avec du courrier fielleux, des candidats loufoques, puis trois personnes qui ne se sont pas amusées tant que ça. Autopsie d’un petit désastre.

«Oui! On organise un one-night! Ça va être le fun !» Malgré le côté sexy et les points d’exclamation, notre démarche se voulait au départ plus psychologique que physique. Sans verser dans le «à cette époque trouble dans les relations hommes-femmes» et autres formules éculées, on désirait tout simplement entrer dans la tête de deux zigs le temps d’un one-night : de l’étape de la préparation, jusqu’au lendemain matin.

Après avoir eu ce qu’on croyait être l’idée du siècle, on a passé le mot sur les sites de petites annonces et sur Facebook : «Urbania est à la recherche de deux personnes pour un “one-night expérimental” : un gars et une fille qui ne se connaissent pas et qui seraient prêts à coucher ensemble et nous raconter leur expérience. Tout ça, bien sûr, dans le cadre d’une démarche journaliste très très rigoureuse.» A priori, on croyait que l’annonce était à l’image de l’événement : simple, directe, sexy, short and sweet, mais comme quand vient le temps de passer au lit, on a vite réalisé qu’on s’était «très, très rigoureusement» enfargé dans nos bas…

Dans la section «casual encounters» (qu’on pourrait traduire par «’tites vites») du volet montréalais de Craigslist, les visiteurs nous ont d’abord demandé si on n’était sérieux. Les baiseurs en série sont repartis la queue entre les deux jambes lorsqu’on leur a répondu par l’affirmative : va pour pénétrer une parfaite inconnue, mais pour se faire prendre en photo avec, oh non. Sur Facebook, les internautes n’ont pas tardé à manifester leur indignation: «Vous allez trop loin!». «J’peux pas croire qu’Urbania va faire ça». «Je me désabonne!». On se sentait presque comme Danielle Ouimet circa Valérie. Urbania, trop chaud pour le Québec? Vous me niaisez!?

Baise académie

Après quelques jours d’attente, on a reçu les premières candidatures. En tout, on aura recueilli une cinquantaine de noms. Après avoir séparé le bon grain du «freako» (allant de la fille qui veut participer «par vengeance » pour forcer son fuck friend à avouer qu’il a des sentiments pour elle, au gars pas d’orgueil qui nous a écrit «je crois à Obama, donc à l’espoir, prenez-moi!»), on a rencontré les amants potentiels à la bonne franquette : dans nos bureaux, tout souriants, avec une bière à la main.

Il y a d’abord eu Virginie, une traductrice qui s’y connaît autant en couchette que dans le répertoire de Leonard Cohen (elle a même barbouillé le tableau de notre salle de conférence de citations de Lenny alors qu’on la faisait attendre). Puis Victor, un bel éphèbe qui nous a vanté les miroirs installés au-dessus de son lit. Il y a eu un jeune garçon beaucoup trop timide pour qui la définition d’un one-night est une soirée intime passée avec son ex ou sa meilleure amie. Et puis ce type qui espérait qu’on passe à la date bientôt, car ça commençait à devenir sérieux avec sa blonde. Hé misère! Carlos des Invincibles aurait-il tant d’influence sur la gent masculine?!

Après deux jours d’auditions, on craquera finalement pour Mélissa, une étudiante en littérature, rouquine à temps plein, qui pourra nous aider à élucider ze question qui divise les nations depuis des siècles: «Est-ce que les rousses sont vraiment plus cochonnes?» Du côté des gars, on choisira Francis, un étudiant en mathématiques, ancien scout et nouveau photographe. Un gars drôle, du genre avec qui on a le goût d’écouter une game de hockey… et qui a déjà baisé dans un kayak.

«J’ai entendu quelque chose se déchirer…»

Pendant les jours qui suivent, on travaille d’arrache-pied pour organiser une soirée aguichante : un souper payé au Stromboli, suivi d’une nuit au chic hôtel W, dans le Vieux-Montréal, avec une moyenne bonne bouteille. Il ne manquait plus qu’un orgasme simultané pis on avait un très bon papier.

Le hasard en aura pourtant décidé autrement.

Deux jours avant le soir fatidique, Mélissa nous téléphone, paniquée : «Est-ce que le gars s’appelle Francis?! Si oui, je débarque!» De la cinquantaine de prétendants qui ont répondu à l’appel, on a opté pour le seul dans la bande qui avait déjà courtisé la belle… et avec qui ça n’a vraiment, mais vraiment pas fonctionné. Avec le recul, on a mieux compris son petit  sourire en coin lorsqu’on lui a demandé en entrevue si les rousses l’allumaient.

C’est la panique au bureau. On passe au plan B : Nicolas, un Suisse sympa qui travaille dans l’informatique. Le gars accepte. Tout est sous contrôle… jusqu’à ce que la STCUM vienne tout foutre en l’air.

La veille du rendez-vous, on reçoit un deuxième appel dont on aurait joyeusement pu se passer. «Le bus est passé d’avance. Je ne voulais pas être en retard en boulot. J’ai couru… et j’ai glissé, nous raconte Mélissa au téléphone. Je me suis fracturée l’épaule.» Au bureau, on n’en revient tout simplement pas. Même les scénaristes de Bridget Jones n’auraient pas trouvé mieux comme rebondissement. Que faire? Opter pour une autre fille? Arrêter tout? Faire comme nos parents nous avaient dit pis s’claquer des études en actuariat?! Heureusement, quelques heures plus tard, la rouquine refait surface à sa sortie de l’hôpital : «Ça va être correct finalement pour demain. Je vais porter une attelle, mais ça va être correct.»

- T’es sûre?

Enfin, les préliminaires

Jour J. Tout se déroule comme prévu. Il est 17 heures, on rencontre Mélissa chez elle pour recueillir ses «commentaires d’avant-match ». Elle nous ouvre, le bras droit coincé dans une attelle. Ouch! On pénètre finalement (oh, oh!) l’univers de la jeune femme et son appart qui fait très «j’étudie en littérature, moi monsieur» : affiche d’Amélie Poulain, guitare dans un coin, faux mur briquelé et reproductions de Matisse. Le charme opère toujours de notre côté… mais un peu moins de celui de l’éclopée. «Je suis fatiguée, j’ai mal à la tête et j’ai juste envie de me coucher à cause des antidouleurs, mais vu je n’ai qu’une parole, je vais tenir bon! lance-t-elle. Autrement, je suis pas particulièrement nerveuse, ni stressée. J’ai juste hâte. Je suis surtout curieuse de voir qui vous m’avez déniché.» Et l’attelle ? «Je suis pas inquiète. Même si mes facultés sont affaiblies, j’ai encore confiance en moi et je suis convaincue de pouvoir faire une bonne job». L’employée du mois, j’vous dis.

On se rend ensuite chez le fameux Nicolas. Installé à Montréal depuis cinq ans, l’informaticien de métier semble avoir dévalisé un Ikea pour meubler son condo très BCBG. Alors qu’on commençait à croire que nos deux candidats étaient aux antipodes, on a remarqué des éléments communs : de vieilles bds ici, des vinyles poussiéreux par là, une six cordes sur un présentoir… et une copie piratée du classique d’Audrey Tautou. Soulagement. Tandis que Mélissa enfilait un décollète plongeant (et les dessous qui «matchent»), notre amant suisse improvisait en attrapant un chandail quelconque, son porte-feuille et ses clés. Ça sentait le happy ending, oui !

Blind date

Nicolas, le photographe et le journaliste ont fait le pied de grue au restaurant jusqu’à l’arrivée de Mélissa. Introduction à la température de la pièce : ni trop chaude, ni trop froide. Ce n’est pas le coup de foudre, mais ce n’est pas une gifle non plus. Le bon vieux «deux becs sur les joues». Un classique. Lorsqu’on les a quittés, Nicolas nous a prévenus qu’il était d’un naturel maladroit. Mélissa a donc éloigné la chandelle. On s’est rassuré en se disant que l’atmosphère allait se réchauffer. Avant de partir, on a fixé une rencontre avec eux  le lendemain matin, au W, pour un debriefing digne de la finale d’Occupation Double.

Un tripe à trois

Samedi, 10 heures du mat’. On croise un Nicolas tout pimpant dans le lobby de l’hôtel… au bras d’une jolie brunette qui n’est de toute évidence pas notre rouquine. Ouate de phoque!?

«Ça s’est bien déroulé. La soirée était quand même détendue et j’étais en bonne compagnie. Mélissa est une fille très intéressante!» explique le tombeur entre deux gorgées de café lorsqu’on l’interroge sur le souper. Notre  candidate nous donnera plus tard le même son de cloche. «Oui, c’était cool. Y’a eu des moments de petits malaises, mais à part ça, oui, il m’a semblé qu’on avait quand même plusieurs points en commun, dit-elle. Je n’étais clairement pas au top de ma forme, je n’avais pas faim et j’étais exténuée, mais plus la soirée avançait et moins je pensais à ma fatigue, alors je croyais que c’était bon signe. On a quitté le resto vers 23h00, après 3h30 de discussion, alors j’imagine qu’on avait quelque chose à se dire!»

Nicolas explique la suite des choses candidement : apparemment troublé (lire : turné-off) par le bandage de l’amante, l’étalon a chocké et a jeté Mélissa dans un taxi en direction de l’hôtel – histoire qu’elle profite au moins de la chambre – pour ensuite trotter dans un bar pour se calmer. C’est là qu’il y a rencontré Mylène, la belle aux cheveux bruns qu’il a ramené le lendemain au W pour la période de debriefing. «Elle a trouvé mon histoire plutôt drôle et originale. Après quelques verres, on est allés chez elle pour boire une bouteille de mousseux. On a encore discuté tard dans la nuit ou l’on a appris à se connaître.» C’est tout? Vraiment? «Mon humeur était évidemment à tout sauf au sexe et je pense qu’elle l’a capté. Le seul rapprochement qu’on a eu, c’est dormir ensemble. Je lui ai dit le lendemain que je devais retourner à l’hôtel et je lui ai proposé de m’accompagner.» Si les rousses sont cochonnes, les brunettes, elles, sont très, très curieuses.

Après la petite jasette dans le lobby, on a rejoint Mélissa dans sa suite. La scène était surréaliste : l’écrivaine semblait minuscule dans son gigantesque lit blanc. Un seul verre avait été utilisé. Une serviette aussi. Il va sans dire que l’occupante était aussi surprise que nous par la nouvelle venue, mais elle a tout même bien encaissé le coup. L’atmosphère était détendue, crissement weird, mais quand même détendue. Quelques poses, quelques «flashes» et Nicolas est reparti, bras dessus, bras dessous, avec Mylène. Mélissa – de son côté – a repris ses cliques, ses claques, son attelle pis son amour propre puis s’est s’engouffrée dans le métro.

«Pis ? Se sont-ils revus? » Me niaisez-vous !?»

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Avance rapide !

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Je ne sais pas pour vous, mais 2008 m’a paru plutôt morne. Rupture, béguin, restructurations, crises économiques, prendre quelques livres, puis en perdre, la trentaine qui pointe, les cheveux blancs aussi, patati, mais surtout patata. Sans vouloir trop me la jouer « scribouillard blasé », j’associe plus l’année à mes frasques personnelles qu’aux découvertes musicales et, croyez-moi, ça arrive rarement (d’accord, y’avait Brumaire, la Pirate, Sherbrooklyn et compagnie, mais j’ai un espace restreint, vous voyez !?).  Alors plutôt que de se lancer dans une rétrospective (de toute façon, mes collègues s’en chargent sûrement déjà et mieux que moi), je vous propose un coup d’œil vers les 365 jours et des poussières à venir.

Outre les sorties attendues (Malajube et Orange Orange ici, Jay-Z chez nos colocs du Sud, Kate Nash pour nos voisins de l’autre côté de l’Atlantique), qu’est-ce que 2009 réserve pour nos tympans ? Après une soirée avec à scruter une boule de cristal (et une bouteille de gin), j’ai relevé quelques pistes d’artistes méconnus à apprécier puis à délaisser le jour qu’Hugo Dumas de La Presse en parle dans sa chronique.

Elephant Stone

myspace.com/rishimusic

Projet issu de l’ex Datson, puis de l’ex High Dials Rishi Dir, Elephant Stone marie pop saccharinée et influences hindoues (un peu comme Cornershop, mais en meilleur, bon). L’album – enregistré en compagnie de musiciens qui autant collaboré avec The Dears que The Besnard Lakes – devrait paraître dans les prochaines semaines.

Michelle O

myspace.com/omichele

Je serai bref vu que je l’ai déjà mentionné en octobre dernier (veuillez donc consulter nos archives sur le journalbangbang.com pour avoir plus de détails, mais je persiste et signe : un maxi s’en vient et la tournée aussi. Miss O se fait connaître en 2009, c’est sûr et certain. Mettez d’ailleurs un X sur le 30 mars dans votre calendrier, elle se donne en prestation au Verre Bouteille.

Kid Cudi

myspace.com/kidcudi

Dans un tout autre registre, Scott « Kid Cudi » Mescudi devrait être le prochain rappeur à autant plaire aux hipsters qu’aux accros de MusiquePlus et compagnie. Dévoilé en 2008 grâce à un mixtape distribué gratuitement sur le site de la griffe 10 Deep, l’enregistrement a notamment attiré l’attention de nul autre que Kanye West. Les nouveaux compères bossent justement sur le premier compact du natif de Cleveland. Celui-ci devrait être lancé ce printemps.

We Are Terrorists

myspace.com/weareterroristsmusic

Puis, dans un genre qui – on l’espère – devrait disparaître dans les prochains mois, We Are Terrorists fait du bruit de l’autre côté de l’océan depuis un bout de temps avec son électro rap au goût du jour, mais devrait faire un boucan d’enfer ici s’ils ne se pointent pas trop tard. Il ne manque plus qu’une invitation aux Francos ou un reportage sur 33mag pour que les fluo gamins du coin se disent « Teki qui ? ». Perso, je déteste (sauf l’instrumentale « Western Spaghetti qu’on peut entendre sur le MySpace et qui, ma foi, rentre particulièrement au poste), mais mon coloc adore et il voit souvent venir la vague de loin (le gars est déjà blasé de Beast !).

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