15 août 2009

Fantastique strapagosse

Guide_Fantasia_Festival_2009--1246730821Alors que la 13e édition du festival de films de genre Fantasia bat son plein (à coups de savates !), l’organisation planche sur les derniers préparatifs du deuxième Fantastique Week-end, une fin de semaine consacrée  aux courts métrages québécois et ponctuée de colloques sur le sujet et, bien sûr, de projections de produits du terroir. Gros plan (oh, oh !) sur deux participants de la deuxième: Izabel Grondin et Sébastien Trahan.

« Pour moi, le microcinéma est un cinéma de survivance. » lance tout d’abord Trahan lorsqu’on aborde la conférence auquel il participera. « Pour moi. C’est un modèle de production complètement  basé sur les contacts et les amitiés. C’est souvent un projet fait dans l’urgence de créer, sans vouloir passer par toutes les étapes souvent longues de demande de subvention. Je pense que le microcinéma n’est pas un genre en soit, mais réellement un modèle de production. » ajoute le jeune cinéaste qui profite aussi de la fameuse foire de « films de ninjas » pour présenter Belle maman, une nano comédie mettant notamment en vedette Sylvie Legault. Même son de cloche de la scénariste et réalisatrice de choc Izabel Grondin « On n’a pas vraiment le choix d’avoir l’esprit communautaire. Au peu qu’on est et aux moyens qu’on a il faut savoir s’épauler entre nous. On ne bâtira pas une industrie de film de genre québécois chacun dans son coin. » affirme celle qui dévoile son cathartique Fantasme au public de Fantasia le vendredi 24 juillet. « Les amis qui donnent un coup de main ou le collègue qui accepte d’en faire beaucoup plus. Ce sont de réels exemples de générosité, des gens qui participent concrètement à l’émancipation du film de genre québécois. […]. C’est sûr qu’il y a le producteur, le réalisateur et les acteurs, mais dans des petits films indépendants c’est souvent hallucinant la gang de monde bénévole qui est derrière ça, c’est indispensable. » Un esprit « fais-le toi-même » qui porte fruit d’ailleurs.

« Je ne suis pas d’accord. » tranche Grondin quand on lui demande si le cinéma de genre est boudé par les hautes instances du septième art local. « Ces cinéastes ont de plus en plus de visibilité et assument leur choix pour un cinéma différent. Je pense à des gens comme Karim Hussain (La Belle bête), Sv Bell (Rise Of The Ghost) ou Kim Nguyen (Truffe) et d’autres qui vont bientôt se faire connaitre. » Ok, coupez. « Freeze frame » puis narration pour expliquer l’évolution des films de peur du terroir…

« Selon moi le monde de l’horreur, tout comme n’importe quelle sphère culturelle alternative, évolue lentement. C’est long, mais ça change tranquillement. » poursuit Izabel. « C’est un genre un peu condamné à être marginalisé puisqu’il ne s’adresse pas aux 7 à 77 ans et encourage aussi une forme d’exploitation, mais on a fait des pas de géant depuis les années 90 ! Dans ce temps-là il ne se passait pratiquement rien, ni au niveau de la production ni encore moins au niveau de la diffusion.  Il y a bien eu un festival de films fantastiques qui s’est essayé en 1992 à Montréal, mais ça n’a pas fonctionné. C’est sûr que c’est un genre plus difficile à financer, car il demande une bonne dose de courage [et] risque de faire moins d’entrées, mais je ne pense pas pour autant que nous sommes boudés, faire un film subventionné au Québec relève de l’exploit peut importe le genre. Il faut savoir persévérer et provoquer les événements! »… et aller se faire voir ailleurs.

« Notre film a eu une belle vie dans les festivals à l’international et en région, mais n’a presque pas été vue à Montréal. » renchérit Trahan qui s’est aussi promené de Clermont-Ferrand à Bruxelles avec son court sous le bras. « Accompagner ton film à l’étranger, c’est toujours une expérience humaine et professionnelle incroyable. J’aime voir la réaction des salles. C’est aussi l’occasion de rencontrer des diffuseurs et des programmateurs de festivals directement. Il y a aussi les films. Des très bons courts métrages, que nous n’avons pas assez l’occasion de voir ici. Je retiens deux titres, Two Birds de Runar Runarsson et Love You More de Sam Taylor-Wood, un film du Royaume-Uni. Deux chefs d’œuvres ! » Mais de retour chez nous, qu’est-ce que des initiatives à la « Fantastique Week-end » amène au juste ?

« Définitivement la visibilité et aussi se retrouver entre nous le temps d’une soirée ! » s’exclame la « scream queen ». « L’importance d’un événement comme le Fantastique Week-end et Fantasia c’est non seulement d’assurer une visibilité du milieu, mais aussi de créer des contacts entre les réalisateurs, le public et le milieu dit courant. » Sébastien abonde dans le même sens et y va d’une note de bas de page: « C’est une belle occasion de présenter notre travail à nos amis et à beaucoup d’artisans du film. Nous faisons des courts métrages pour qu’il soit le plus vu possible et des événements [du genre] donnent une plateforme idéale à nos projets. Je pense qu’il est important, dans ces événements, de ne pas privilégier les primeurs pour permettre à un large public de voir le film. Ce n’est pas vrai que les gens qui ont vu mon film au Saguenay ou au RVCQ sont les mêmes qui le feront au festival du film Juste pour rire ou à Fantasia. Tous ces événements ont des publics distincts à qui je souhaite présenter mon film. » et Grondin de conclure avec : « C’est aussi une forme de gratification parce que quand on fait des films on veut qu’ils soient vus. Au niveau du court-métrage tout le monde le sait, tu ne fais aucun argent avec ça et tu ne peux pas en vivre. Donc de participer à des festivals quand on est un réalisateur ça donne un sens à notre travail, ça nous tient en vie! » « Fade out », puis générique !

CONTENU EXTRA (COMME SUR UN DVD, T’SAIS) :

Izabel, c’est quoi le meilleur moyen pour tuer un zombie ?

Vise la tête et tire!

Sébastien, qui gagnerait dans une bagarre entre Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque, Continental, un film sans fusil) et Xavier Dolan (J’ai tué ma mère) ?

Stéphane Lafleur donnerait un grand coup de ukulélé dans face de Xavier Dolan. Mort immédiate.

15 août 2009

De la dope dans tes oreilles

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1997, Geneviève Jeanson file à toute allure. La sueur perle sur son front. Elle n’entend plus la friction des pneumatiques sur le bitume, ni le cliquetis mitraillé de la chaîne du vélo. Les muscles sont endoloris, les doigts se crispent sur les guidons, le but demeure le même : le Championnat du monde junior (qui lui vaudra d’ailleurs une troisième place quelques mois plus tard). Pendant ce temps, une bande de geeks de Californie assemble un engin qui serait démonisé des années par la suite. On ne parle pas de SkyNet, mais d’Antares Technology. Ils ne se spécialisent pas dans la vente d’androïdes Terminator, mais de processeurs Auto-Tune qui permet de « corriger » certaines « imperfections » lors de l’enregistrement d’une chanson. Discussion mi-rock, mi philosophique sur le « dopage musical » avec Yann Godbout d’Half Baked (centuryoffoam.com pour plus de détails).

Bien qu’omniprésent sur les ondes FM de nos jours (Kanye West en abuse notamment sur « Love Lockdown » alors que T-Pain en est littéralement accro), il faut sûrement remonter jusqu’au fameux « Believe » de Cher pour constater les premiers méfaits d’Auto-Tune (l’esti d’effet d’robot, c’est l’Auto-Tune crinqué à onze). Lorsqu’utilisé avec minutie, Auto-Tune permet toutefois surtout de corriger la hauteur tonale (le « pitch », tsé) de la voix et des instruments. Est-ce « tricher »? « C’est quoi dénaturer une toune? » se questionne Yann Godbout avant d’enchaîner avec une autre colle « C’est quoi la nature d’une toune? » Bonnes questions, en effet.

« Pour moi ce qui est important c’est de donner à la toune ce que la toune a besoin pour être bonne. » poursuit-il. « Utiliser Auto-Tune de façon intelligente dans un style qui ne s’y prête pas peut être un “feature ” intéressant dans une chanson. » « Harder, Better, Faster, Stronger » de Daft Punk vient notamment en tête avec sa surdose d’Auto-Tune amplifiant un texte prônant déjà le dépassement. Godbout enchaîne : « Je prône bien sûr ici l’utilisation créative de la technologie. Je trouve un peu déplorable la simple utilisation de l’Auto-Tune pour répondre aux standards de l’industrie. Pas seulement l’over-utilisation a la mode en ce moment, mais bien la standardisation de la voix. » ajoute celui qui a d’ailleurs eu recours au procédé pour Half Baked Sings The Century Of Foam For Your Pleasure, la plus récente offrande de son projet musical pour ensuite aborder l’aspect philosophique de la chose. « Selon moi, puisque chaque être humain est unique comme un flocon de neige, une voix humaine normale est “off key” par définition. Vouloir la purifier peut tuer l’âme d’une performance. » D’un point de vue mercantile toutefois, plusieurs chanteurs country utiliseraient le bidule lors de leurs concerts afin de garantir au public « qu’il en a pour son argent » selon un article du Boston Herald publié en février 2007. Évidemment, cet « as dans la manche » n’a pas que des fans.

À la dernière édition de la cérémonie des Grammy, les membres de Death Cab For Cutie font parler d’eux en se pointant au gala avec des rubans bleus sur leurs smokings pour se montrer contre l’utilisation du fameux processeur (parce que le sida et le cancer ne sont plus des causes indie émergentes, bien sûr). Quelques mois plus tard, Jay-Z téléverse « Death To Autotune », un brûlot dénonçant lui aussi le machin. Godbout leur réplique : « Les gros artistes ne divulguent pas toute l’information et créent ainsi des standards éthiques qui sont faux. Jay-Z, qu’il n’en mette pas sur sa voix ok, mais je suis sur qu’il y en a ailleurs. Pour Death Cab, je comprends qu’une vraie bonne performance sera toujours plus belle que n’importe quoi de trafiqué. Je comprends qu’une voix entrainée sera toujours plus jolie qu’une voix traitée. Probablement que Death Cab n’utilise pas du tout l’Auto-Tune, même pas sur le drum. Même pas sur une petite fioriture de guitare. Mais ils ont des budgets de fous, des techniciens qui ajustent leurs instruments, des micros vintage des années “50, etc. Facile de dire que tu es contre, si tu n’en a tout simplement pas besoin.” Vlan!

Et Godbout de conclure : “Même si la mode à la Akon et T-Pain s’estompe, l’Auto-Tune sera toujours présent! J’en profite d’ailleurs pour mentionner un des grands problèmes de l’industrie musicale québécoise : on n’a pas de spécialiste d’Auto-Tune. Une bonne utilisation d’Auto-Tune ne se remarque pas. Il se colle a la voix qu’il traite. Au Québec, on l’entend partout sur les ondes FM : de Dany Bédard à Clément Jacques. Qu’on entende l’Auto-Tune quand on n’est pas sensé, ça c’est un drame. Qu’on l’utilise pour ce qu’il a à nous offrir, ça c’est le progrès!”

15 août 2009

Musique 2.0 : Y’a pas que d’la porno sur l’Internet!?

mathias

Décidément, c’est plus qu’un cliché : les musiciens se brûlent vraiment les neurones à force de prôner le rock et autres versets du satanisme. La nouvelle lubie de différents acteurs de notre scène locale? Distribuer leurs albums gratuitement sur le web! Bien que le phénomène est loin d’être émergent (pensons aux mixtapes d’antan!), il est de moins en moins réservé aux parias de la zizique en marge comme les DJs à la Poirier (le gars « pimp » ses mix aux blogues de la planète depuis belle lurette), les « keupons » à la Derf (qui a tout simplement « dumpé » sa discographie sur son site !) et autres sniffeux de colle en puissance. De nos jours, les gros joueurs internationaux à la Radiohead (bien sûr!) se prêtent autant au jeu que les enfants chéris de l’indie pop de la province comme Mathias Mental qui offre présentement son plus récent compact en téléchargement. Tentative d’analyse d’une nouvelle mode et d’une économie nouveau genre, avec Marc-André Laporte de donnetamusique.com et l’artiste Mathias « Mental » Pageau.

À l’image du sujet, je fixe rendez-vous à Marc-André sur la Toile plutôt qu’au café du coint. Bien qu’on s’évite la fastidieuse étape de la transcription du verbatim, les bris de communications font en sorte qu’on a l’impression que ce n’est pas un quartier de Montréal qui nous sépare, mais un océan. En dépit du décalage, Laporte brosse rapidement son portrait avant de se lancer dans le vif de la problématique. « Au premier degré, c’est un mélange au niveau de mes champs d’intérêt de mélomane, accroc au web diplômé en communications et en marketing. » pianote-t-il sur Facebook lorsqu’on lui demande d’où vient son intérêt sur la musique distribuée sur le Web 2.0. « Le déclic s’est fait lorsque des amis musiciens indépendants m’ont dit qu’ils n’arrivaient pas a se débarrasser des 1000 CDs de leur groupe qui trainait dans le salon de l’appartement. Leur excuse étant la crise du disque. » Marasme que Marc-André connaît très bien, lui qui joue d’ailleurs sur les deux flancs. « Je travaille principalement avec des artistes indépendants qui cherchent à fabriquer entre 1000 et 5000 disques en moyenne. » rétorque-t-il quand on aborde Megga Media, sa boîte de fabrication de compacts.  « Ça ne m’a donc pas encore vraiment touché. Mais bon, quand tu sais que le bateau du disque est en train de couler, tu t’arranges pour réagir avant que l’eau t’arrive à la bouche. »

« C’est sûr qu’imprimer et distribuer un album physique, ça coûte beaucoup de sous. » Ajoute Mathias « Mental » Pageau qui vient tout juste de lancer Songs About Ugly Girls, un deuxième album acoustique disponible gratuitement (ou contre un  maigre don) sur son site web. « Quand t’n’as pas d’argent, t’es mieux de loader ta carte de crédit pour quelque chose qui en vaut vraiment la peine, comme du gear et un bon mastering. Ça, c’est le côté positif de ce mode de distribution. En ce qui concerne les contres, je n’en vois pas vraiment… à part, ah oui, le contre très évident que tu ne feras pas une cenne avec ta musique. Mais une fois que tu es passé par dessus ça, c’est assez libérateur, vu que personne ne peut se débarrasser de toi. Je pense qu’il y a ben du monde qui trouvait que Mathias Mental, c’était « drôle » les six premiers mois et qui badtripent aujourd’hui parce qu’on a l’air partit pour s’incruster. Avec les outils d’aujourd’hui, je peux travailler le jour au salaire minimum et quand même avoir les moyens d’enregistrer et de sortir un album par année. In your face! »

L’œuvre, le produit, le t-shirt d’Omnikrom…

« L’album devient tranquillement un outil de promotion plus qu’une source de revenue. » rapporte Laporte après quelques déconnexions lorsqu’on lui demande ce qui ressort de ses lectures. « Si on prend l’exemple de Misteur Valaire ici, les derniers chiffres montrent 30 000 téléchargements de l’album. Ça leur permet de tourner et de faire des shows avec des salles remplies. Je ne sais pas si on aurait entendu parler du groupe autant si l’album s’était retrouvé au HMV à 18.99 $ dès le départ. Ça te donne un nom, ensuite une “fan base”, ensuite tu peux vendre du dérivé. » L’album, l’œuvre artistique ultime pour ces vampires de subventions, se veut maintenant qu’une simple carte de visite? Vraiment!?

« Oui et non! Les shows, les chandails, la “merch”! En as-tu croisé des jeunes avec des chandails d’Omnikrom depuis 2 ans!? C’est fou! Je parie qu’ils ont fait plus d’argent avec ça qu’avec les albums en magasin. » ajoute-t-il avant d’élaborer : « Y » a tellement de bands qui sortent à gauche et à droite en ce moment qu’on ne sait plus ou donner de l’oreille. On a des iPods de 16 gigs déjà chargés à pleine capacité. On a déjà de la musique pour des mois, voire des années, avant de se mouiller avec celle de ceux-ci! Quand je croise un gars sur Sainte-Catherine qui veut me vendre son “mixtape ” et que je ne sais pas c’est qui, je risque de dire non, alors que s’il me le donne. Je risque de le mettre dans la pile “à écouter dans un futur à venir” ».

« On n’arrête pas de parler de « l’industrie » du disque, mais on oublie que des chansons, c’est un moyen d’expression avant tout, pas une industrie. » ajoute Mathias. « J’n’ai pas l’impression de saturer mon marché » poursuit-il lors de ce long e-mail fleuve. « Je veux juste donner quelque chose à se mettre sous la dent aux fans, leur donner un autre morceau du casse-tête. Aussi, je suis un maniaque de l’écriture, alors je liquide les vieilles chansons pour me laisser la chance d’en écrire quelques nouvelles. »  Quelques paragraphes plus loin, le « Happiest Boy In Montreal » (si on en croit le titre de son premier CD qui s’est retrouvé dans le top 10 des albums de l’année à CISM l’année dernière… et qui grimpe toujours dans les palmarès universitaires de l’ouest du pays) se confie : « j’aimerais pouvoir te dire que c’est une technique de marketing bien étudiée, mais en fait, j’ai décidé de mettre le disque en ligne gratuitement, sur un coup de tête, parce que j’aimais vraiment les chansons. J’ai fait cet album-là pendant ma ô combien longue et douloureuse rupture avec mon ex, et ça a vraiment été pour moi un cri du cœur, amer, mais en même temps plein d’espoir. Je voulais partager cet espoir avec le plus de monde possible. Et j’n’avais pas envie de me sentir comme un vendeur d’aspirateurs à chaque fois que je disais à quelqu’un de s’en procurer une copie, j’n’essaie pas de leur vendre quelque chose avec cet album-là, je veux juste partager une expérience pénible pour qu’on puisse en rire tous ensemble. » Est-ce que Mathias Mental viendrait de pondre son Here, My Dear ? Espérons que Pageau ne connaîtra pas le même sort que Gaye.

Nouveau web, nouveaux clients, nouveaux défis, nouveau Batman

« On n’est plus “game” d’acheter des albums inconnus sans même avoir un échantillon. » poursuit Laporte lorsqu’on lui demande d’élaborer sur la commercialisation de ces disques virtuels. « Avec MySpace et compagnie, on peut entendre l’album au complet, l’écouter en entier sans pour autant le posséder. Une stratégie qui convient plutôt bien à Pageau. “Les gens sont un peu désarmés quand je leur dis que c’est gratuit!” s’exclame-t-il quand on le questionne ce que ce mode de distribution lui rapporte. “Ils sont habitués de se trouver une bonne excuse pour passer à côté, mais comme c’est gratuit, ils n’ont pas le choix d’écouter. Et il y a beaucoup de gens qui me reviennent en me disant qu’ils ont été surpris d’aimer ça, et ça c’est bien plus le fun que d’avoir de l’argent dans son compte PayPal. Aussi, je sais que j’ai l’air d’exploiter la petite vague hip « web 2.0 » avec ce disque là, mais j’étais sûr qu’au contraire, le disque « passerait dans le beurre » vu qu’il n’existait pas « physiquement ». Jusqu’à date, les gens ont l’air intéressés, et j’ai l’air d’avoir une petite vitrine dans les médias alternatifs, ce qui ne fait pas de tort. Mais bon, pour répondre à ta question, je n’fais pas une cenne et c’est ben correct de même!”

« C’est un peu ça le nouveau défi avec la musique. » enchaîne Marc-André. « Un livre tu peux le feuilleter, mais tu l’achètes généralement sans l’avoir lu. Même chose pour le cinéma. T’as vu quelques bandes-annonces du film, mais tu paies quand même le plein prix pour le voir en salle. Le disque, lui, on peut désormais l’entendre au complet avant de l’acheter. C’est ça le nouveau défi. Avant, la musique était abreuvée aux consommateurs : tu te levais le mardi matin et tu allais chez Sam the Record Man pour acheter le nouveau Madonna à la date choisie par son label. Maintenant, le consommateur à davantage de choix. Autant en musique qu’ailleurs. Tsé, si le jeune Mathieu veut écouter le dernier Batman ce soir à 22 h et que son club vidéo est fermé, il ne va pas attendre au lendemain, il va se débrouiller pour le télécharger. » Woah ! Est-ce qu’on aborde finalement le piratage?

« Les internautes téléchargent illégalement sur le net… deal with it ! » rétorque sèchement Marc-André. « Si The Pirate Bay ferme aujourd’hui, y’aura un Viking Boat ou un truc du genre qui va ouvrir le lendemain matin pour offrir la même chose. C’est le moment pour les labels d’en prendre conscience. C’est le moment pour les artistes d’être créatif et proactif.” C’est inspirant tout ça, mais comment?!

Celui qui prépare justement un bouquin – électronique, bien évidemment – sur le sujet n’hésite pas. « Il faut en premier lieu s’assurer d’être présent partout où les consommateurs se retrouvent. Alors ta job c’est d’être présent partout pour te trouver sur le chemin de l’ado qui va avoir le gout de passer par là quand bon lui semblera. Si j’écoute un truc sur ton MySpace et que j’adore, je vais vouloir en écouter plus dès maintenant. Alors si tu me vends ton album sur ton site et que ça me prend 2 minutes avant de pouvoir finalement me le procurer, je vais être content, même si je peux le regretter plus tard. Tu comprends? Si je me dis ‘Bon, je vais aller le chercher au HMV demain’, je risque de refroidir et de ne jamais le faire. Le plus important c’est d’être partout, d’avoir un blogue, d’utiliser les réseaux sociaux et qu’on puisse acheter ton album partout. Y’a plein de ressources sur le Web pour te permettre de distribuer ton album sur les principales plates-formes on ne sait jamais su quoi les Japonais vont triper dans 2 mois. Aweille sur iTunes Japan ! Oui, la crise fait mal aux labels, mais elle ouvre aussi plusieurs portes aux musiciens indépendants qui savent comment utiliser une souris et un clavier! » Des instruments que Pageau manie admirablement d’ailleurs.

« On n’arrête pas de dire que les outils sont là pour que n’importe qui puisse lancer un album. Du monde qui a quelque chose à dire, bien sûr. So here I am. Éventuellement, quelqu’un va peut-être avoir le guts d’investir du temps et/ou de l’argent sur moi, mais d’ici là, les chansons continuent à s’écrire et je leur dois bien la chance de se faire entendre. Si ça veut dire de les offrir gratuitement, ça ne me dérange pas, je suis prêt à tout de toute façon. »

Moi aussi je me débrouille avec un clavier et une souris (surtout à une main!), mais tant qu’à s’éloigner du sujet, autant clore la chronique.

Liens mentionnés :

donnetamusique.com

mathiasmental.com

derf00.com

ghislainpoirier.com

14 août 2009

Maken Kozapo – La passe du samurai

maken

Jeune quatuor indie pop qui a fait un premier « bip » au sein du paysage musical québécois l’année dernière à l’aide de leur premier compact Le Zèbre, Maken Kozapo (qui tire son nom d’un genre musical japonais qui aurait existé que quelques années pendant le 12e siècle pour ensuite disparaitre… le ska de son époque ?!) se la joue ronin en organisant un concert bénéfice pour financer son deuxième album. Tendre la main ? Tendre le sabre, plutôt !

On retrouve de nouvelles pièces sur votre MySpace, deux pièces de vingt nouvelles compositions. Après l’expérience Le Zèbre, comment composez-vous?

Charles P. Giguère (basse): Après avoir touché à toutes les étapes de la production de l’album, on a une vue plus large, on envisage autant nos pièces sur disque que sur scène. En parlant de l’enregistrement, c’est aussi une expérience qu’on aimerait répéter. Bien qu’on se cherche une maison de disques [NDLR : Le Zèbre est auto-produit], on désire garder le contrôle, être présent de A à Z !

Patrick F. Sirois (guitare) : On a aussi beaucoup appris et gagné en maturité : on a autant écouté les critiques positives que négatives, c’est pourquoi on peaufine davantage les textes, mais ça n’influence pas nécessairement nos nouvelles compositions. C’est loin d’être catégoriser et on ne veut pas se glisser dans un style. On se cherche toujours !

Par le passé, vous avez participé à Cégeps en spectacle et même à Emergenza qui ne profite pas de la même vague de sympathie que d’autres concours du genre comme les Francouvertes par exemple, c’est quoi les avantages et désavantages de ce genre d’événement au juste?

Charles : L’avantage avec Emergenza, c’est que ça nous a permis de nous faire entendre dans de grosses salles comme le Medley ou le Club Soda dès l’âge de 16 ans !

Patrick : L’aspect monétaire de la chose serait le plus gros désavantage par contre. Avec le coût des billets et le vote populaire, ce n’est pas nécessairement le « meilleur » groupe qui l’emporte…

Charles : Celui qui vend le plus de billets à sa famille et ses amis, celui qui ramène le plus d’argent, finalement. Le vote s’y fait à main levée !

Patrick : Alors que le fait que des concours utilisant un jury d’experts comme les Francouvertes ont souvent une meilleur réputation auprès de la scène locale.

Le concert de ce week-end est aussi une activité de financement pour votre deuxième album, la situation est critique?

Patrick : Bah ! Être dans le rouge n’est pas inhabituel pour un artiste. À ce moment-ci de notre carrière, c’est plus important de se faire connaître et de continuer de gagner du public.

Charles : Ouais. On espère pas vraiment financer entièrement l’album avec ce concert. Ce qu’on veut surtout, c’est remplir la salle, repartir « kif, kif ».

Patrick : De toute façon, la situation est loin d’être critique. Notre principale dépense, c’est le loyer du local de pratique ! On habite toujours chez nos parents !

14 août 2009

Psycho Riders : Chevauchée infernale

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De retour après une épopée plutôt trouble déclinée sur Le Gouffre aux chimères, les Psycho Riders remontent en selle avec Les Derniers jours, une troisième offrande mercurielle.

Il faut croire que c’est dans l’air. Après un questionnaire et une chronique sur un artiste offrant son album en téléchargement sur le Web, on termine la semaine avec une entrevue avec un groupe qui distribue son nouvel opus sur la Toile… avant même de le fourguer aux disquaires. Est-ce que les Psycho Riders se tireraient dans le pied ? « C’est exactement ça ! » s’exclame le chanteur et guitariste Max Villeneuve. « Ça fait partie de notre philosophie, en fait. On ne croît plus aux ventes de disques, on fait notre argent en shows. Pas encore sûr qu’on va retenter l’expérience pour les prochains. Jusqu’à date, on considère ça comme un réinvestissement. » Donc, une tactique pour attaquer la diligence qui pourrait s’avérer astucieuse : alors qu’il est maintenant possible de télécharger l’œuvre entière (contre un don… ou contre rien pantoute), les mélomanes et autres fanas de concerts n’ont plus aucune excuse… surtout que Les Derniers jours pourrait bien être l’ultime disque livré par ces desperados à ce jour.

« On s’était donné que quelques lignes directrices » raconte Villeneuve lorsqu’on lui demande de commenter la confection de la galette. « On voulait que ça soit un peu plus contemporain, plus « pro » et plus dansant, j’dirais ». D’où l’embauche de Jess Gagnon, technicien de son qui a autant collaboré avec We Are Wolves que Duchess Says et qui coréalise du compact. « On a tout fait sur Le Gouffre. » élabore-t-il. « On est de bons « bisouneux » en studio, mais on voulait aussi quelqu’un qui aurait un regard extérieur sur nos tounes. On a écrit l’album en quatre mois, ce qui est relativement court, puis on en venait à se demander si telle toune était bonne, etc. Y’a eu pas mal de consensus en studio : y’avait des idées qu’on avait n’il ne trouvait pas bonnes, y’avait des trucs sur lesquels il insistait, mais on a finalement tous tripé. » Citation surprenante lorsqu’on considère les textes « poing en l’air » de Villeneuve qui pourrait bien avoir pondu le premier CD politisé de son projet.

« Ça ne feelait pas à l’époque du Gouffre », confie-t-il candidement lorsqu’interrogé sur sa nouvelle plume. « J’étais donc plus centré sur moi-même, sur mes problèmes. Là, ça va mieux, donc je constate ce qui m’entoure : des PDGs crosseurs qui crissent l’économie mondiale à terre, le réchauffement de la planète pis à quel point tout le monde s’en calisse, tsé, des affaires qui me pompent ! »

Alors que le groupe échafaude une nouvelle tournée (en plus de son lancement, il participera à un hommage aux Kinks en compagnie de Xavier Cafeine et d’autres rockeurs du genre), on ne pouvait s’empêcher de demander une histoire de tournée pour terminer l’entretien. « On était à Dolbeau, j’crois. Notre guitariste Pascal a glissé sur une plaque de glace après le show pis s’est blessé au pied. Y’était deux heures du matin pis on était pas mal sur le party. Vers 4h, on est à l’hôtel. Il commence à capoter pis il veut aller à l’hôpital. Comme on était toujours sur la go, on a paqueté nos bières dans nos sacs à dos pis on a continué là-bàs ! » Rock ta carte soleil, man !